Il y en aura pour tous. Au terme d’un plénum qui s’est tenu à l’écart du monde, dans un hôtel de l’ouest de Pékin appartenant à l’armée, les caciques du Parti communiste ont finalement publié, hier, un communiqué interprété avec enthousiasme par les optimistes, et avec pessimisme par les sceptiques. Le mot clé est celui du marché. En s’engageant à «approfondir des réformes globales» – le terme «réforme» étant mentionné plus de 50 fois –, Pékin donne des gages à tous ceux qui appellent à remettre le marché au centre du jeu chinois. C’est bien lui qui devra jouer un rôle «décisif» dans l’allocation des ressources et dans les mécanismes de détermination des prix. Alors que de nombreux déséquilibres de l’économie chinoise tiennent précisément à une mauvaise allocation des ressources dues aux interférences de l’Etat, cela peut évidemment constituer une bonne nouvelle. Un «groupe dirigeant central» sera créé afin de concevoir ces réformes, ce qui rappelle la méthode utilisée, en son temps, par Deng Xiaoping pour accélérer l’ouverture économique.

De la même manière, ceux qui espéraient un système plus juste ont trouvé de quoi se réjouir, puisque le deuxième sujet est bien celui de la gouvernance, qui devra être plus équilibrée. La Chine va améliorer «la gouvernance sociale», de même qu’elle fera avancer la réforme des terres agricoles et donnera plus de droits aux agriculteurs en matière de propriété. Au plan fiscal également, Pékin s’engage à agir, mais une fois de plus, sans entrer dans le détail.

De manière tout aussi symptomatique, on ne note aucune remise en cause claire du rôle des entreprises publiques, pourtant largement décriées ces derniers temps. Elles constituent «un élément fondamental de notre ­système», rappelle le parti. Autrement dit, les récentes informations du China Daily évoquant la possibilité de faire entrer des capitaux privés dans l’actionnariat de ces groupes ne semblent pas confirmées. Les puissants groupes d’intérêts que constituent les sociétés publiques sont, pour l’heure, épargnés.

Autre fait notable: dans une langue qui lui est typique mais qui ne trompe personne, le parti s’engage à «améliorer le système de management culturel». Autrement dit, dans la droite ligne de ce qui se fait depuis l’arrivée au pouvoir de la nouvelle équipe, il s’agit de renforcer la mainmise de Pékin sur les médias et sur le Web.

Au final, «c’est la mise en musique qui comptera», analyse Jean-Pierre Cabestan, professeur à l’Université baptiste de Hong Kong. Certains propos, comme ceux concernant le rôle du marché, rappellent étrangement ceux d’il y a vingt ans. La véritable question est donc de savoir comment Pékin va convertir en actes des propos aussi prometteurs que creux. Il faudra, dans les prochains mois, du concret, car à force de s’engager à la réforme, le pouvoir a créé des attentes qui pourraient le dépasser. Sur la blogosphère, de même que dans la presse chinoise, la liste des espoirs qui s’exprimaient ces derniers jours était longue. A force de chercher systématiquement le compromis, il arrive qu’on finisse par ne faire que des déçus.

«Améliorer le système de management culturel» signifie renforcer le contrôle du Web et des médias