Liang Yuzhi a l’œil triste quand elle pense au Nouvel An lunaire qu’elle s’apprête à passer sans ses enfants. Originaire du Henan, dans le centre de la Chine, elle travaille de nuit en cuisine dans un petit restaurant de fondue épicée à Shanghai. Ses trois enfants sont élevés par sa belle-mère, à 900 kilomètres au nord-ouest, dans leur village du Henan, une province pauvre. Elle leur passe tous les jours des appels vidéo, sur Wechat, le réseau social dominant en Chine. «Ma plus grande me demande à chaque fois: «Maman, quand est-ce que tu rentres?» C’est vraiment dur. J’espère pouvoir passer les voir après la fête du printemps ou en mars peut-être.» Car pour l’instant, rentrer dans son village relève du parcours du combattant: tests PCR obligatoires au départ de Shanghai et quatorze jours de quarantaine au village.

Je ne gagne déjà pas beaucoup, alors prendre plus d’un mois de congé pour faire les quarantaines, je ne peux pas

Mme Zhu, 50 ans, balayeuse dans le district de Baoshan

Je ne gagne déjà pas beaucoup, alors prendre plus d’un mois de congé pour faire les quarantaines, je ne peux pas

Mme Zhu, 50 ans, balayeuse dans le district de Baoshan

Pour éviter de nouvelles contaminations, la Chine a décidé d’imposer des restrictions préventives, à l’approche du Nouvel An lunaire (le 12 février), plus grande migration humaine au monde. Chaque année, la Chine enregistre 3 milliards de voyages pendant cette période. En janvier 2020, 5 millions d’habitants de Wuhan avaient déjà quitté la ville avant l’annonce du confinement juste avant le Nouvel An lunaire, favorisant la diffusion de l’épidémie de Covid-19 aux quatre coins de la Chine et du monde. Depuis, la Chine a largement contrôlé l’épidémie grâce à des mesures drastiques incluant confinement et tests massifs, dès l’apparition de nouveaux foyers épidémiques. Mais en janvier, plusieurs milliers de cas à Pékin, Shanghai, dans le Hebei ou le nord-est de la Chine, ont poussé les autorités à confiner de nouveau des dizaines de millions de personnes. Dans la foulée, Pékin a imposé des restrictions pour les sept jours de vacances de la fête du printemps (Chunjie, en chinois).