La Chine s’inquiète pour son pétrole

Comme les Etats-Unis, la Chine se montre très préoccupée par la crise sud-soudanaise. Son ministre des Affaires étrangères, Wang Yi, s’est précipité début janvier à Addis-Abeba pour y rencontrer les deux parties en conflit et leur demander instamment de conclure un cessez-le-feu. C’est que Pékin a des intérêts économiques importants dans le nouvel Etat: des intérêts qui ont pour nom le pétrole.

La Chine recèle d’importantes réserves pétrolières. Mais pas à l’échelle de sa population. Surtout en ces temps de forte croissance économique. Après avoir longtemps vécu sur ses propres ressources et avoir même été un pays exportateur, elle est devenue un importateur net de brut en 1993. Elle a alors trouvé ce qui lui manquait au Moyen-Orient, et tout particulièrement en Irak. Mais l’invasion américaine de la Mésopotamie l’a obligée à réviser ses plans en diversifiant ses sources d’approvisionnement.

L’Occident contrôlant une grande partie du marché, la Chine a choisi de s’en affranchir en allant voir ailleurs. Une stratégie risquée: plus de la moitié de ses investissements dans le pétrole à l’étranger sont dans des Etats instables, comme le Venezuela, l’Iran, le Nigeria et le Soudan. Une instabilité qui s’est manifestée dans ce dernier pays par l’enlèvement de plusieurs dizaines de ses employés.

Des dizaines de milliards

Les autorités chinoises ont beaucoup misé sur le Soudan. Elles ont fermement soutenu le gouvernement paria de Khartoum sur la scène internationale et investi sur place quelque 20 milliards de dollars. Mais, là aussi, elles ont été rattrapées par la politique étrangère américaine, qui a obtenu en 2011 la sécession des provinces méridionales, riches en or noir, du pays (80% du brut soudanais) au terme d’un long conflit. Mises devant le fait accompli mais désireuses de conserver leur accès aux ­hydrocarbures de la région, elles ont profité d’un voyage à Pékin du président du nouvel Etat, Salva Kiir, pour lui promettre 8 autres milliards de dollars.

Le souvenir de la Libye

Les investissements au Soudan du Sud ont commencé à porter des fruits. Au cours des dix premiers mois de 2013, la Chine a importé 14 millions de barils du Soudan du Sud, soit 14% de plus qu’en 2012. Ces quantités, qui ­correspondent au double du brut importé du Nigeria, représentent moins de 1% des importations totales de la Chine. Mais elles ne sont pas pour autant négligeables. Et puis Pékin possède des concessions dans le nouvel Etat, confie Fweley Diangitukwa, auteur d’un livre sur Les grandes puissances et le pétrole africain. «Cela signifie qu’elle n’est pas censée négocier ses achats comme elle le fait ailleurs mais qu’elle peut en principe compter dessus.» Le déclenchement de la guerre civile le mois dernier et la prétention de la rébellion de prendre le contrôle des champs pétroliers sont venus bouleverser ces plans.

La Chine garde un très mauvais souvenir d’un troisième terrain de manœuvre de la diplomatie américaine, la Libye, où elle avait aussi investi des montants importants et où ses projets dans les secteurs de l’infrastructure des télécommunications et du pétrole ont essuyé des pertes de l’ordre de 20 milliards de dollars. Pékin entend faire son possible pour empêcher la réédition d’une pareille mésaventure au Soudan du Sud.

Il reste à savoir si, à plus long terme, l’épisode la convaincra de remettre en question sa stratégie de prise de risque dans le domaine pétrolier.