La nouvelle équipe dirigeante chinoise, menée par le président Xi Jinping, avait promis de profondes réformes. Elle les a présentées vendredi, trois jours après la clôture d’un plénum du comité central du Parti communiste consacré aux dossiers économiques et sociaux (LT du 13.11.2013). Or, le changement se révèle spectaculaire dans trois domaines clés: la démographie, les droits de l’homme et l’économie.

La démographie

Depuis 33 ans, la Chine interdit en principe aux couples d’avoir plus d’un enfant. Une mesure drastique destinée à limiter la croissance de sa population, la plus forte du monde, qui compte 1,35 milliard de personnes.

Cette politique a été souvent appliquée de façon rude, à coup d’amendes, de stérilisation forcée et d’avortements à un stade avancé de la grossesse. Mais peu importait aux autorités, pour qui la fin justifiait les moyens.

Cette stratégie, qui a entraîné le taux de fertilité bien en dessous du seuil de renouvellement de la population, a présenté cependant, au fil des années, de plus en plus d’inconvénients.

Elle a d’abord contribué à creuser le déséquilibre des genres – les couples chinois condamnés à ne mettre au monde qu’un seul enfant préférant souvent avoir une descendance mâle, les avortements de filles se sont avérés plus courants que les avortements de garçons.

Elle a ensuite entraîné un vieillissement accéléré de la population, au point que le nombre d’individus en âge de travailler a commencé à se réduire l’an dernier – d’où la crainte que la Chine devienne «un pays vieux avant d’être riche»… et que la prise en charge des personnes âgées s’avère toujours plus délicate.

Pour beaucoup de démographes, une réforme était devenue indispensable. Le pouvoir chinois a décidé de multiplier les exceptions à la règle. Jusqu’ici, seuls pouvaient avoir plus d’un enfant les couples issus de minorités ethniques, les couples ruraux dont le premier enfant est une fille et les couples urbains dont les deux membres sont enfants uniques. Xi Jinping et les siens ont décidé de le permettre aussi, dorénavant, aux couples dont un seul des deux membres est enfant unique.

Les droits de l’homme

Le système judiciaire chinois est régulièrement sous le feu de la critique. Parce qu’il est placé sous l’autorité du parti unique. Parce qu’il accorde peu de droits à la défense. Et parce qu’il décide de l’exécution de 4000 personnes par année, selon des estimations occidentales (le chiffre officiel est gardé secret).

Les autorités chinoises ont décidé d’adopter plusieurs mesures importantes dans ce domaine. Elles ont d’abord décrété l’abolition du système des camps de rééducation par le travail, le laojiao. Ce dispositif très critiqué permet à la police d’envoyer des gens en prison, et de les y laisser jusqu’à quatre ans, sans passer par des tribunaux. Créé en 1957 pour lutter contre la petite délinquance, il a été abondamment utilisé par les autorités locales pour se débarrasser des contestataires.

Pékin a ensuite décidé de réduire «par étapes» le nombre de crimes passibles de la peine de mort.

La Parti communiste s’est dit enfin désireux d’«accélérer la réforme» du droit de résidence (le fameux hukou). Il a promis d’assouplir les contrôles et les restrictions auxquels sont astreints les paysans partis pour la ville. Pour les petites et moyennes villes tout du moins. La loi restera aussi stricte qu’avant dans les mégalopoles.

L’économie

Une dernière salve de réformes vise à réduire l’emprise de l’Etat sur l’économie. Les «groupes d’Etat», des mastodontes qui jouissent de très lucratifs monopoles, vont être affaiblis. 30% des bénéfices qu’ils réaliseront grâce à des capitaux publics serviront à financer le système de sécurité sociale. Un versement qui devrait contribuer à diminuer leurs surcapacités de production, et à ouvrir la voie à une plus forte concurrence du secteur privé.

La Chine s’apprête, de fait, à ouvrir davantage l’économie. Elle va ainsi autoriser des investisseurs du secteur privé à prendre des participations dans des projets financés par l’Etat. Elle va aussi permettre la multiplication des établissements bancaires de taille modeste à capitaux privés, établissements encore très rares aujourd’hui.

Pékin a encore signalé sa volonté d’accélérer la libéralisation de ses taux d’intérêt. La banque centrale a levé ses contrôles sur les taux d’emprunt en juillet, mais continue à encadrer strictement les taux rémunérant les dépôts.

Enfin, le Parti s’est engagé à progresser vers la libre convertibilité du yuan, un objectif à long terme qui pourrait se concrétiser. dans un premier temps. dans la nouvelle zone franche de Shanghai.