Dans les médias de Pékin, il a été surnommé la «grande gueule», ou «le clown». Mais Donald Trump a su séduire une grande partie des Chinois. Plusieurs groupes sur Weibo, le Twitter chinois, se sont créés pour soutenir le candidat républicain. La discussion fut animée sur plusieurs sites d’information. «Le voile de la démocratie américaine s’est déchiré. Trump met son argent dans sa campagne. On ne pourra l’acheter!», s’est par exemple enflammé un internaute appelé Ami du web, qui ne tient pas rigueur au président-élu d’avoir pourtant menacer la Chine de mesures sévères pour faire revenir aux Etats-Unis les emplois qu’elle leur aurait «volés».

Un sondage publié le dimanche précédant l’élection par le South China Morning Post confirme ce soutien: 39% des Chinois soutenaient Donald Trump, contre seulement 13% des personnes interrogées au Japon, en Corée du Sud ou encore à Singapour. Alors que 54% des sondés estimaient que Hillary Clinton serait un meilleur choix pour l’Asie, ils n’étaient que 38% en Chine.

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Milliardaires populaires

Ami du web n’a pas tout faux. Pour financer sa campagne, Donald Trump n’a certes pas mis de sa poche les 100 millions de dollars qu’il avait promis, rappelle la presse américaine, mais il a en tout de même déboursé 66 millions. Alors que Wall Street a soutenu la démocrate dans sa course à la présidence américaine, le Républicain a refusé les fonds des puissants frères Koch. Il a reçu plus d’argent (27% du total) grâce à de petites donations, de 200 dollars ou moins, contre seulement 16% pour Hillary Clinton.

La fortune de Donald Trump, réalisée dans l’immobilier, contribue à sa popularité auprès des Chinois. «Son image fait écho à l’obsession de la Chine pour la quête de l’argent, analysait cet été le Brookings Institute. Les gens croient dans sa manière pragmatique de conduire ses affaires et, qu’une fois transposée en politique, elle tournera à l’avantage de la Chine.»

Silence sur les droits de l’homme

La réputation de Hillary Clinton a aussi joué en faveur du Républicain. La démocrate est davantage vue comme une menace, pour au moins deux raisons. D’abord, elle a soutenu la politique américaine du pivot vers Asie, considérée comme une stratégie pour contenir les ambitions d’une Chine toujours plus nationaliste et impérialiste dans la région Asie-Pacifique. Ensuite, elle s’est illustrée en prenant position en faveur des droits de l’homme, y compris en Chine. Son adversaire s’est lui gardé d’attaquer Pékin sur ce terrain-là.

Il vaut mieux avoir un président d’abord intéressé par le commerce qu’un autre qui place la défense des valeurs démocratiques en tête de son agenda, résume Interface. Pour ce site d’information qui n’est pas directement lié aux médias officiels, la Chine devrait se réjouir de son élection car son administration sera plus amicale avec la Chine que celle d’Obama, «pour autant qu’il puisse faire des affaires».

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Trouble d’Ai Weiwei

Les soutiens en faveur du Républicain ont été visibles jusque chez les Chinois émigrés en Amérique, se lamentait peu avant l’élection Ai Weiwei. En marge d’une exposition qui lui est consacrée à New York, l’artiste qui se bat pour les droits de l’homme a avoué sa «confusion» et son «trouble» devant ce soutien exprimé en Chine et aux Etats-Unis. Beaucoup de Chinois aiment «les leaders forts», relevait-il, tout en n’arrivant «pas à comprendre» la popularité de Donald Trump.

Une autre raison explique peut-être ce succès. «De nombreux chinois espèrent qu’en choisissant Donald Trump, les Etats-Unis iront en enfer, analyse un universitaire de Pékin. Et qu’ainsi la Chine n’en sera que plus puissante.»