L’image est saisissante: les 2897 membres de l’Assemblée nationale du peuple ont le visage barré par des masques. Devant eux, les plus hauts dirigeants du pays, les 25 membres du bureau politique du Parti communiste et les 15 membres du comité permanent de l’ANP, n’en portent pas. Les députés, qui se contentent une fois par an d’approuver toutes les propositions du gouvernement, apparaissent bâillonnés derrière les leaders: l’image reflète la stratégie adoptée par le Parti en ces temps de crise. Alors que la croissance chute et que le chômage explose, il s’agit de resserrer les rangs autour du leader et de resserrer le contrôle sur la Chine.

Après avoir célébré une «réussite stratégique majeure dans notre réponse au Covid-19», le premier ministre, Li Keqiang, a insisté à une dizaine de reprises sur la nécessité d’assurer la stabilité sociale. Pour y parvenir, il a souligné la «tâche immense» qu’il restait à accomplir pour sauver l’économie, qui s’est contractée de 6,8% au premier trimestre, premier épisode de croissance négative depuis 1976. Face à l’incertitude qui règne sur l’économie mondiale, le numéro 2 chinois s’est abstenu d’annoncer un objectif de croissance pour 2020, un fait exceptionnel. Selon le Fonds monétaire international, la croissance en Chine pourrait atteindre 1,2% cette année, contre officiellement 6,1% en 2019.