Bernadette Chirac vient d’assurer, sur la chaîne de télévision française d’information en continu LCI, que son mari, l’ancien président de la République Jacques Chirac, n’était pas affecté à l’idée de comparaître au tribunal dans l’affaire des emplois présumés fictifs de la Mairie de Paris, car «c’est un guerrier», un «homme très solide». Son procès est prévu du 7 mars au 8 avril. Il porte sur deux volets de l’affaire des emplois présumés fictifs de la Mairie de Paris remontant aux années 1990, l’un instruit à Nanterre portant sur sept emplois, l’autre à Paris sur 21. Mais, surtout, Bernadette Chirac a à nouveau démenti que son époux ait la maladie d’Alzheimer, même s’il souffre «un peu» de problèmes de mémoire, dit-elle. Rumeur, rumeurs…

Voilà qui excite singulièrement la belle plume de Frank Nouchi dans Le Monde qui, dans «Secret médical», tente le périlleux décryptage, comme dans une pièce de théâtre. «Acte premier, écrit-il: dimanche matin. […] Le Journal du dimanche (JDD) choisit de consacrer la plus grande partie de sa «une» à «la grande épreuve». […] «Devant un proche», Bernadette Chirac «a prononcé le mot d’Alzheimer». Le mot est lâché, la question de la participation de l’ancien président de la République à son procès […] est posée.» L’essayiste Alain Minc, proche conseiller de Nicolas Sarkozy, dénonce alors le même jour sur Radio J une «transgression déontologique» du JDD. Puis suivent naturellement les actes II et III. Lundi matin sur Europe 1, Bernadette Chirac se dit «scandalisée» par l’enquête du JDD. Elle dément. Et «quasiment au même moment, Me Jean Veil, l’un des avocats de Jacques Chirac, demande au tribunal un «sursis à statuer». En clair, d’attendre pour juger Jacques Chirac que le tribunal administratif se soit prononcé sur la requête d’une association de lutte contre la corruption qui a décidé de se constituer partie civile dans le procès.» Réponse négative du tribunal correctionnel.

Arrive la mi-journée. «Des reporters de BFM TV abordent l’ancien président devant son domicile parisien. Fort courtoisement, ce dernier s’approche de la caméra: «Je vous donne l’impression de ne pas aller bien? Je me porte très bien, je vous remercie. Je vous souhaite de vous porter aussi bien.» «Du pur Chirac…» en conclut Nouchi. Mais «qu’en conclure?» précisément, se demande-t-il. Primo, qu’on ne sait rien. […] Nous voilà bien avancés. Comme tout justiciable, Jacques Chirac a évidemment droit au respect de sa vie privée.» Et de jeter le soupçon, que l’on partage sans hésiter au visionnement de cette séquence TV: «Allez savoir pourquoi, il y a quelque chose qui cloche […]. Une manière de sous-texte qui en dit long, une fois de plus, sur la manière dont, en France, s’agissant des personnages publics, on use et abuse du secret médical.»

On pense évidemment au prédécesseur. Mais «on a respecté Mitterrand. Il faut aussi respecter Chirac. Qu’on lui foute la paix!» hurle sa fille adoptive, Anh-Dao Traxel, dans France-Soir. «Comme souvent en France lorsqu’il s’agit de la santé des hauts responsables politiques, la rumeur le dispute au démenti approximatif, analyse Libération. Phénomène que l’absence de bulletin médical officiel amplifie. Et quand bien même des médecins communiqueraient, d’aucuns mettraient en doute leur parole au nom du long mensonge proféré sur l’état de santé de François Mitterrand. Pour Chirac, mieux vaut donc se fier à ses rares apparitions publiques. […] Il a du mal à se déplacer et se meut en glissant les pieds au sol sans plus les soulever.» On l’a vu, dans une vidéo de LibéOrléans, «s’agripper au dos de Simone Veil pour avancer, et en grande difficulté pour s’exprimer lors de l’inauguration d’un musée-mémorial des enfants du Vél d’Hiv».

A 8h20 ce mercredi matin, il y avait exactement 666 articles recensés par Google sur le sujet. C’est diabolique. Et bien plus compliqué. Voire stratégique, comme l’explique encore Le Monde dans d’autres articles, dont un radiozapping intitulé «Juste un vieux monsieur»: «Les rumeurs sur l’état de santé de Jacques Chirac ne doivent rien au hasard de calendrier. […] Dans son entourage, certains, […] veulent à tout prix épargner une comparution […] et réfléchissent depuis des semaines à la façon de mettre en avant son état de santé.» «La perspective de la publication du tome II de ses Mémoires ajoute au débat, poursuit le quotidien français. Jacques Chirac compte sur le succès des ventes de ce livre pour rembourser le prêt bancaire qu’il a contracté afin d’indemniser la Ville de Paris en échange du retrait de sa constitution de partie civile. Sa part est d’environ 500 000 euros sur un total de 2 218 072,46 euros, la différence étant prise en charge par l’UMP.»

Quant à la question de savoir s’il «est aujourd’hui capable ou non d’assumer les fonctions publiques qui restent les siennes, indique Le Point, Bernadette Chirac répond par un «oui» ferme et sans appel. «J’ai en face de moi, chaque jour, un homme qui peut être éblouissant et qui en étonnerait plus d’un». Qui se «porte comme un charme», selon ses déclarations au Figaro. Alors, «laissez le «charme» agir», enchaîne Paris Match. Car «le vieux lion a toujours l’œil qui pétille même s’il se ménage», selon Gala. Comme le dit son épouse, il «n’est plus exactement ce qu’il a été», précise La Voix du Nord. «Ce n’est pas un scoop! Depuis son accident vasculaire cérébral de 2005, […] ses problèmes d’audition ne se sont pas arrangés. La description indélicate faite par Lionel Jospin pendant sa campagne 2002 d’un Chirac «vieilli, usé, fatigué» a trouvé sa pertinence neuf ans plus tard!» «Quel drôle de pays!» conclut Le Nouvel Observateur: «On se demande parfois si nous vivons dans une démocratie, ou dans une royauté rance.»