Ehud Barak fera partie du prochain gouvernement. Le premier ministre israélien sortant et son successeur, Ariel Sharon, se sont mis d'accord jeudi soir pour créer un gouvernement d'union nationale, a indiqué jeudi soir un responsable du bureau d'Ehud Barak. Cet accord résulte d'une rencontre durant trois heures entre les deux dirigeants. Les portefeuilles de la Défense et des Affaires étrangères auraient été attribués au Parti travailliste. La formation politique du premier ministre sortant doit se réunir en début de semaine prochaine pour donner son feu vert.

LT/Agences

En quelques heures, les Israéliens sont passés de l'effroi à la rage. Jeudi, les photos des huit jeunes hommes et femmes tués la veille par un chauffeur palestinien remplissaient la une de tous les journaux. Leurs noms, aussi: Rachel Levy, Kochava Polansky, Julie Weiner, dont les consonances (russes, françaises…) rappelaient aux lecteurs qu'Israël est un pays de «melting-pot». Cette liste ainsi exposée finissait de les convaincre: c'est bien le pays tout entier, dans son essence même, que le conducteur de l'autobus – et, derrière lui, l'ensemble des Palestiniens – avait visé la veille.

«Une vipère reste une vipère»

Le deuil et la fureur, tous les journaux unanimes en témoignent, qui vilipendent l'Autorité palestinienne de Yasser Arafat, autant pour sa «responsabilité» dans l'attentat que pour avoir fait mine de croire, dans un premier temps, qu'il s'agissait d'un «accident de la route». «Une vipère reste une vipère, même quand elle change de peau», disait par exemple le quotidien à grand tirage Yedioth Ahronoth, en comparant Arafat à «un serpent qui fait semblant d'être mort en attendant la première occasion». Et le journal de conseiller au premier ministre élu la seule attitude possible: «Une vipère frappe lorsqu'on lui tend la main. Mais elle ne le fait plus si on frappe le premier.» Plus explicite encore, le rédacteur en chef du Ma'ariv, Yaakov Erez, estimait «superflu» de continuer à écrire: «Le droit de parler, et même le devoir de parler, revient maintenant à l'armée. Seuls les actes parlent d'eux-mêmes.»

Ces commentaires pèsent évidemment en faveur du gouvernement d'unité nationale, que le premier ministre élu, Ariel Sharon, espère bientôt concrétiser sous sa direction. Hier, son prédécesseur, Ehud Barak, s'apprêtait, semble-t-il, à donner son accord pour y participer en tant que ministre de la Défense, après avoir répété à de multiples reprises durant la campagne qu'il n'en serait jamais question.

De fait, si l'armée n'est pas intervenue en représailles à l'attentat, comme elle l'avait fait par exemple après le lynchage de deux hommes à Ramallah en octobre dernier, cela serait dû à la situation d'intérim politique. Hésitant à prendre la responsabilité d'une escalade entre deux gouvernements, Ehud Barak a préféré voir venir. A Gaza, et dans quelques villes de Cisjordanie, les Palestiniens avaient fui, après l'attentat de mercredi, les environs de tout ce qui pouvait ressembler à un bâtiment du Fatah ou de l'Autorité palestinienne. Ce n'était pas la peine: seules des mesures de «bouclage» des territoires très strictes ont été décidées. Le port et l'aéroport de Gaza ont été fermés, les routes menant aux grandes villes coupées, y compris pour les responsables politiques. Même de très proches collaborateurs d'Arafat ont dû attendre plusieurs heures à la frontière de la Jordanie avant qu'on les laisse passer, sous la pression du roi Abdallah.

L'armée sait pourtant bien que ce «bouclage», aussi sévère soit-il, ne sert d'aucune manière de garantie pour éviter un nouvel attentat. Il a été décidé d'ériger des barrières de béton devant les stations de bus fréquemment utilisées par les militaires. Elles viendront compléter celles qui, pour éviter les tirs palestiniens, commencent à être construites le long de la «route des tunnels» qui relie des blocs de colonies à Jérusalem.

«Pression physique»

A ces mesures, l'armée réclame qu'on en ajoute d'autres, plus efficaces. Pourtant considéré comme une colombe, le «numéro deux» du Ministère de la défense, Ephraim Sneh, exigeait hier la réintroduction de la «pression physique» (la torture) sur les détenus, interdite par la Cour suprême israélienne il y a deux ans, après une longue campagne de pressions internationales. «Nous attrapons des terroristes qui peuvent nous donner des informations pour prévenir les attaques et sauver les vies de dizaines, peut-être de centaines d'Israéliens, expliquait-il. Et la seule question à laquelle ils sont prêts à répondre lorsqu'on les interroge, c'est combien de sucres on met dans leur café. C'est inacceptable.»