Terrorisme

Sous le choc, des touristes témoignent 

De nombreux vacanciers suisses se trouvaient à Barcelone jeudi soir. Parmi eux, la championne de karaté valaisanne Fanny Clavien. Elle raconte les premières minutes qui ont suivi l’attentat sur les Ramblas

Barcelone, ses avenues bondées, ses terrasses, ses vendeurs ambulants. Au cœur du mois d’août, cette atmosphère festive a été brutalement interrompue par les deux attaques terroristes survenues jeudi soir. L’ancienne championne de karaté Fanny Clavien a littéralement frôlé la catastrophe. En vacances avec une douzaine d’amis, la Valaisanne loue un appartement situé place de Catalogne. «Vers 16h50, je descendais les Ramblas avec une amie, à la recherche de chaussures. Vu le monde, on a finalement décidé de rentrer et de revenir le lendemain», explique, encore un peu sous le choc, la jeune femme de 30 ans au téléphone.

Retrouvez ici notre analyse: Pour les djihadistes, l’Espagne est un territoire à reconquérir

A peine arrivée à la maison, Fanny Clavien entend des cris. «Depuis le balcon, on a vu des gens courir, les magasins et les bars se barricader. C’était la panique, on ne comprenait pas ce qui se passait.» A ses côtés, certains de ses amis évoquent une bombe, d’autres des voitures ou encore des coups de feu. «Sur le moment, il n’y avait encore rien sur les sites, on était plongés dans l’incertitude», raconte-t-elle. Une fois le diagnostic posé, la jeune femme appelle immédiatement ses proches pour les rassurer et poste un message vidéo sur Facebook. Vient alors une autre angoisse: «D’autres amis étaient coincés en ville, ils n’ont pu rentrer qu’à minuit et demi.» Barcelone est alors une «ville fantôme».

Ne pas penser au «si»

Au réveil, une sensation étrange l’envahit. «Je suis sortie ce matin, les gens circulent à nouveau, mais il y a des barrages de police partout.» Alors que le retour en Suisse est prévu pour lundi, comment se sent-elle? «Je suis saine et sauve dans une ville meurtrie. J’essaie de ne pas penser au «si». Si j’avais continué à marcher, si j’avais voulu poursuivre la session shopping… On réalise que tout peut basculer en une seconde. J’étais déjà proche du Bataclan au moment des attentats, alors ça fait réfléchir.» Fanny Clavien ne se laisse toutefois pas gagner par la peur. «Je ressens davantage de colère et d’incompréhension.» Dans ces conditions, comment s’annonce le dernier week-end? «L’état d’esprit n’est plus le même, c’est évident. On sortira quand même mais en évitant les Ramblas.»

Lire aussi: Une attaque «de plus grande envergure» était prévue en Espagne

Eté comme hiver, Barcelone est une destination phare pour les touristes. Nombre d’entre eux étaient en route au moment de l’attentat. C’est le cas de Claudia Santos, Genevoise de 27 ans, qui se trouvait à l’aéroport de Cointrin en compagnie de son compagnon et de deux amis. Lorsqu’ils apprennent la nouvelle à la porte d’embarquement, leur décision est claire: ils partiront quand même. «C’est tragique, mais j’ai le sentiment que ça ne se produira pas deux fois au même endroit», explique la jeune femme qui a déjà vécu les attentats de Bruxelles. Les amis qui doivent les héberger, eux, sont bloqués dans un bar proche des Ramblas. «On a eu peur, mais ils sont heureusement hors de danger», explique-t-elle. Les vacances sont-elles gâchées? «Ce ne sera certainement pas pareil, mais on va tenter de profiter au maximum. Il ne faut pas se laisser intimider, c’est précisément ce qu’ils recherchent.»

Fête gâchée à Gracia

Une fois l’attentat perpétré, l’onde de choc s’est propagée bien au-delà des Ramblas. Le quartier de Gracia, à 2 kilomètres au nord-ouest, accueillait, comme chaque année à la mi-août, la traditionnelle fiesta de Gracia. Célébration populaire et familiale par excellence, avec castellers – tours humaines – et décorations urbaines. «Cette année, pour les 200 ans de la manifestation, les rues étaient pleines depuis lundi», explique Florent Torchut, journaliste sportif français basé à Barcelone. «Hier soir, tout s’est arrêté.»

Lire également: En Espagne, l’unité nationale face à l’horreur

En fin de semaine, un concours prime généralement la meilleure décoration de rue. «Les rues étaient vides. Plus aucune trace des touristes bière à la main ni des locaux en famille», poursuit-il. Lui-même a vécu l’attentat depuis son domicile, mais l’un de ses amis s’est retrouvé barricadé dans un hôtel, sans informations, avant d’en ressortir vers 20h. «Ce matin, au réveil, les rues sont étrangement propres, plus de décorations illuminées, mais des barrières.»

«Place de Catalogne, touristes et Barcelonais se recueillent en présence d’un nombre important de policiers et de journalistes», précise Florent Torchut, qui s’est rendu sur place en début d’après-midi. Bougies, messages et fleurs abondent. Dans les Ramblas bloquées à la circulation, la foule semble un peu plus silencieuse que d’habitude. Compte tenu des événements, le marché de la Boqueria est exceptionnellement fermé.

Publicité