Maladies infectieuses

Le choléra, ennemi public numéro un

 Une task force réunissant une cinquantaine d’organisations publie une feuille de route ambitieuse pour réduire de 90% les décès dus au choléra et l’éradiquer d’ici à 2030. Sa stratégie: doper les efforts de détection précoce et l’utilisation des vaccins

Pour les pays développés, le choléra est devenu une abstraction, un sujet de littérature que Jean Giono, dans son livre Le Hussard sur le toit, utilisa pour décrire une épidémie qui ravageait la Provence au XIXe siècle. La maladie reste pourtant une dure réalité pour près de 47 pays. Elle provoque plus de 2,9 millions d’infections et 95 000 morts par an. Elle représente un coût annuel de 2 milliards de dollars. Au XXIe siècle, elle est le triste révélateur des fortes inégalités planétaires en termes de développement. C’est, en bref, la maladie du pauvre qui se transmet surtout par la nourriture ou l’eau contaminée par des matières fécales.

On peut prévenir cette maladie. C’est une honte qu’on ait autant de cas aujourd’hui

Julie Hall, conseillère spéciale en matière de santé pour la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge

Depuis le début de l’année, 800 personnes en sont mortes en Somalie. En Haïti, pays damné par les crises sanitaires, climatiques et les séismes, on dénombre un million de cas et plus de 10 000 personnes en sont mortes depuis 2010. Le Yémen est sans doute l’un des cas les plus emblématiques. Pays ravagé par un conflit, il enregistre, selon l’OMS et le CICR, quelque 700 000 cas et 2000 personnes y sont mortes du choléra depuis avril.
900 000 doses de vaccin en Birmanie

Egalement d’actualité, la crise des Rohingyas, dont un demi-million a fui la Birmanie. Leurs conditions d’accueil au Bangladesh sont toutefois effroyables et l’accès à l’eau potable extrêmement limité. L’OMS vient d’envoyer 900 000 doses de vaccin pour éviter une crise sanitaire majeure. «On peut prévenir cette maladie. C’est une honte qu’on ait autant de cas aujourd’hui», s’est insurgée mardi lors d’une conférence de presse au Palais des Nations Julie Hall, conseillère spéciale en matière de santé pour la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

Feuille de route ambitieuse

Pour répondre à ce fléau persistant, une équipe spéciale, la Global Task Force on Cholera Control (GTFCC), un vaste réseau réunissant plus de 50 organisations internationales représentant les secteurs de la santé, du développement et des bailleurs de fonds, publie aujourd’hui une feuille de route très ambitieuse pour éradiquer la maladie. Sous le slogan «Ending Cholera – A Global Roadmap to 2030», la GTFCC, qui bénéficie notamment du soutien des fondations Bill & Melinda Gates et Mérieux, vise à réduire le nombre de décès dus au choléra de 90% et d’éradiquer la maladie dans au moins 20 pays d’ici à 2030. «Nous ne pouvons accepter tout défaitisme, même dans des pays comme le Yémen. Assez, c’est assez», estime Peter Salama, directeur du programme de gestion des situations d’urgence sanitaire à l’OMS.

Mobilisation multi-sectorielle

La stratégie adoptée par le GTFCC est un défi, mais elle est simple: améliorer sensiblement la détection précoce du choléra grâce à des tests fiables en laboratoire et adopter sans délai des mesures pour contenir la diffusion de la maladie. Mais aussi une mobilisation multi-sectorielle pour apporter une aide technique, financière et des partenariats locaux et globaux aux pays qui en ont besoin.

L’autre élément nouveau dans la stratégie est l’apport des vaccins dont les stocks étaient jusqu’ici très limités. Directeur général de Gavi, Seth Berkley rassure: «Les deux premiers producteurs de vaccins en Inde et en Corée du Sud vont pouvoir augmenter la production, qui pourrait atteindre 50 voire 75 millions de doses dans quelques années. Tout dépendra du marché.» Mais là aussi les choses bougent. En 2012, seules 1,5 million de doses ont été demandées. Cette année, on en est déjà à 17 millions de doses. Les pays ont peut-être moins peur d’annoncer le début d’une épidémie et d’éventuelles sanctions. Si les efforts pour contenir voire éradiquer la maladie ont jusqu’ici échoué, c’est avant tout par manque de coordination, de volonté politique et de priorités.

Focaliser les efforts sur des points chauds

La task force globale entend focaliser ses efforts sur des «points chauds», ces endroits où l’accès à des centres de soins est extrêmement limité, l’eau de très mauvaise qualité et les installations sanitaires inexistantes ou défaillantes. C’est dans ces foyers où prospère la bactérie Vibrio cholerae que les cas de choléra sont les plus nombreux, car entre 40 et 80 millions de personnes y sont exposées. Or ces points chauds sont appelés à s’étendre avec l’urbanisation. Selon UN-Habitat, la proportion d’Africains vivant en milieu urbain va passer de 36% en 2010 à 50% en 2030. Les bidonvilles vont s’accroître dans la même proportion.

Au cœur du combat contre le choléra figure bien sûr l’eau. 844 millions de personnes à travers le monde n’ont pas accès à de l’eau potable. «Plus de 2 milliards de personnes boivent de l’eau contaminée et 2,4 milliards n’ont pas d’installations sanitaires», déplore Tim Wainwright, directeur général de WaterAid.

Chef d’équipe pour le changement climatique et la santé à l’OMS, Diarmid Campbell-Lendrum juge d’autant plus important d’agir que le changement climatique aggrave le risque de choléra: «Avec le changement climatique, les températures en certains endroits augmentent de même que les précipitations extrêmes. Ce sont des facteurs favorisant le choléra. C’est pourquoi nous utilisons les informations climatiques pour alerter les pays à risque.»

 

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