Le gouvernement avait beau avoir préparé l'opinion depuis plusieurs semaines, l'annonce d'un nouveau record historique du chômage en Allemagne, pour le mois de février, a ravivé le climat de sinistrose. Avec 5,216 millions de chômeurs, soit 177 000 de plus qu'en janvier, et un taux de chômage de 12,6%, le gouvernement de Gerhard Schröder semble désemparé et ne plus avoir de recettes pour recréer des emplois. Alors que le chancelier, en voyage dans les pays du Golfe, évoquait une «situation accablante», le ministre de l'Economie, Wolfgang Clement, dont toutes les initiatives semblent pour l'instant vouées à l'échec, veut encore croire à un retour de balancier pour mars.

En janvier, l'Allemagne avait pour la première fois depuis 70 ans, dépassé le chiffre symbolique de 5 millions de chômeurs. Pour celui que l'on désignait il y a peu encore comme le «superministre», les explications sont les mêmes qu'en janvier: l'effet statistique, allié à une détérioration du climat économique et à un hiver rigoureux qui se prolonge. Depuis le début de l'année, la réforme du marché du travail dite «Hartz IV», a réintégré dans le marché du travail les personnes sans emploi qui bénéficiaient de l'aide sociale.

Mauvais sondage

L'opposition conservatrice n'a évidemment pas manqué l'occasion de dénoncer l'incapacité du gouvernement Schröder, qualifiant ce «triste record» d'«apocalypse de la politique économique» de la gauche. A Berlin, «ce n'est pas le chancelier qui gouverne, ni le SPD, mais l'incapacité et le désarroi», a raillé le secrétaire général de la CDU, Volker Kauder.

L'opinion publique semble partager cet amer constat. Un sondage du magazine Der Spiegel montre que 74% des Allemands sont insatisfaits de la politique économique du gouvernement et 84% ne croient pas à ses efforts contre le chômage. Selon le «Politbarometer» de la chaîne DDZ, un tiers des questionnés rend le gouvernement responsable du chômage, et 28% seulement la conjoncture mondiale. Et moins de 12% croient le SPD capable de faire quelque chose pour l'emploi.

Les spécialistes estiment toutefois que le nombre de chômeurs devrait rapidement se rétablir en dessous du niveau de 5 millions ces prochains mois, lorsque les premiers effets de la réforme se feront sentir. Mais ne descendra pas en dessous de 4,4 millions.

Pour confirmer le sentiment de désarroi du SPD, le chancelier a dû ramener au calme le ministre de l'Economie, pris dans une querelle avec son collègue des Finances, Hans Eichel. «Il faut maintenant avoir le dos assez solide pour attendre que les réformes se traduisent en améliorations», a averti Gerhard Schröder, qui n'a plus les moyens politiques et financiers de nouvelles réformes.

Plus impatient, Wolfgang Clement aurait voulu lancer dès cet automne une réforme fiscale pour soulager les entreprises. Lundi matin, l'ex-superministre s'est encore retrouvé isolé avec cette idée au sein de la présidence du parti, après de très vifs échanges. Wolfgang Clement, qui veut relancer les investissements, a dû se contenter, lundi, d'un appel au «patriotisme des entrepreneurs». Cela risque d'être insuffisant. Les experts estiment que, compte tenu du mauvais dernier trimestre de 2004, la croissance économique de l'Allemagne n'atteindra pas cette année les 1,6% espérés, mais tout au plus 1%.