Confrontée à la crise économique la plus grave de son histoire moderne, l'Allemagne contraindra-t-elle la coalition gouvernementale à collaborer avec l'opposition conservatrice pour trouver des solutions au chômage? La CDU et sa petite sœur bavaroise CSU ont en effet proposé au chancelier Gerhard Schröder de conclure un «Pacte pour l'Allemagne», un programme de mesures en dix points visant à la création d'emplois.

Avant même que le chancelier ne fasse connaître sa réponse, le président du Parti social-démocrate (SPD) Franz Müntefering avait d'emblée rejeté l'offre, en dénonçant «un signe de duplicité». En visite dans les pays du Golfe, Gerhard Schröder n'a pourtant pas fermé la porte aux bonnes dispositions d'Angela Merkel et d'Edmund Stoiber, les deux leaders de l'opposition. Le chancelier, qui mesure bien que l'opinion, face à la gravité de la situation, ne comprendrait pas un refus de collaborer, a ainsi pris au piège de sa spontanéité le président de son propre parti. Pour autant, tout en se déclarant «prêt à examiner une offre sérieuse de discussions», Schröder critique le fait que l'opposition conditionne son aide à l'adoption des réformes qu'elle propose.

L'opposition veut ramener de 6,5 à 5% les cotisations patronales à la caisse de chômage, rendre plus souples les règles de protection contre les licenciements pour ne pas effaroucher les entreprises prêtes à créer des emplois, réformer la fiscalité des entreprises ou baisser de 10% les tarifs d'embauche pour les chômeurs de longue durée. Des propositions qui expliquent le sec refus opposé par la gauche. Sur la réforme de la fiscalité, le ministre de l'Economie, Wolfgang Clement, estime toutefois que la mesure serait non seulement possible mais surtout souhaitable avant les élections de l'automne 2006. Mais son collègue des Finances, Hans Eichel, y est fortement opposé.

Renouveler un miracle

L'opposition, tout comme le ministre des Finances d'ailleurs, rejette l'idée d'un programme de relance conjoncturel que Wolfgang Clement, contre l'avis du gouvernement pour l'instant, tiendrait prêt dans ses tiroirs. Il n'est pas question de financer la reprise en dépensant l'argent que l'on n'a pas et en creusant la dette, estime l'opposition.

Avec ce «Pacte pour l'Allemagne», l'opposition espère renouveler le petit miracle d'entente réussi autour de la réforme de l'assurance maladie. Les caisses publiques, déficitaires de plus 3,5 milliards d'euros en 2003, ont enregistré un excédent de 4 milliards l'an dernier. Et la ministre de la Santé, Ulla Schmidt, demande que les assurés bénéficient de baisses de cotisations.