Minoritaires en Orient, les chrétiens y vivent avec la fierté d’incarner l’origine de la chrétienté. Une variété d’obédiences – Église catholique romaine, grecque orthodoxe, grecque melkite, syriaque, copte, etc. – qui entretiennent souvent entre elles une sourde hostilité compose le paysage complexe de la chrétienté d’Orient. Ces Églises ont su garder rites et coutumes à travers les siècles. Dans le monde arabe, les chrétiens, qui demeurent souvent d’une grande dévotion à leur Dieu, s’inquiètent de l’islamisation toujours croissante de la société, surtout quand des voix extrémistes attisent la haine et poussent à l’ostracisme.

Ces chrétiens arabes, pourtant, ont été de toutes les luttes pour l’indépendance et/ou en faveur du panarabisme. Quelques noms? Les Palestiniens Edward Saïd et George Habache, le Syrien Michel Aflak ou l’Égyptien Boutros Boutros-Ghali ont, parmi bien d’autres, marqué l’histoire du Proche-Orient.

Le rôle de boucs émissaires d’un Occident colonial que d’aucuns leur collent à la peau est très mal vécu: l’immigration, dans les rangs chrétiens, n’a cessé de croître…

■ En Egypte: discriminés

Les coptes (signifiant «Egyptiens») constituent le plus gros contingent chrétien d’Orient. Leur Eglise ne reconnaît pas l’autorité du Vatican. Officiellement citoyens à part entière, ils jouissent en réalité d’un statut de seconde zone et sont victimes de discriminations importantes, notamment en matière d’emplois ou de construction d’églises. La société devenant plus traditionaliste, les coptes subissent une hostilité grandissante d’une frange de la population qui les assimile à une 5e colonne de l’Occident «colonial».

En Palestine et en Isaël: perçus comme complices

Sur la «Terre sainte», la présence des chrétiens ne s’est jamais démentie. Mais les croisades venues d’Europe et leur cortège d’exactions sanglantes ont durablement marqué les esprits. Une certaine coexistence a prévalu au XXe siècle entre musulmans et chrétiens, jusqu’à ce qu’une partie des premiers soit aussi gagnée par les démons du radicalisme, entretenant parfois une hostilité envers les chrétiens, alors perçus à leur corps défendant comme complices d’un Occident qui permit la création d’Israël.

■ En Turquie: disparus

Naguère nombreuse, avec notamment les communautés grecques et arméniennes, la présence chrétienne en Turquie a diminué drastiquement au fil du XXe siècle. Dans ce pays massivement musulman, même si l’Etat turc se réclame de la laïcité, l’Eglise grecque orthodoxe maintient toutefois son patriarcat à Constantinople (Istanbul), tout comme les Arméniens. Des assassinats de chrétiens, dont un évêque en 2010, ont été sporadiquement observés en Turquie ces dernières années.

Au Liban: le déclin

Les chrétiens libanais se répartissent en plusieurs obédiences, mais les maronites (chrétiens reconnaissant Rome malgré leurs particularismes) constituent la grande majorité. Ils ont longtemps dominé la vie publique au pays du cèdre, mais leur déclin démographique s’est confirmé sur le plan politique depuis la guerre civile (1975-1990). Le fait que plusieurs de leurs chefs comme Béchir Gemayel, Elie Hobeika et Samir Geagea, avaient pris fait et cause pour Israël durant ce conflit avait terni leur réputation dans le monde arabe.

■ En Syrie: acceptés

Dans une Syrie au régime fort et laïque (même si le président doit être musulman, selon la Constitution), les chrétiens de diverses obédiences peuvent vivre leur culte sans trop de problème. Le régime est issu d’une secte dérivée du chiisme (les alaouites), elle-même minoritaire au sein d’une population à large dominante sunnite, ce qui explique peut-être le calme dont ils jouissent. On trouve en Syrie le petit village de Maaloula, où se parle encore l’araméen, langue du Christ.

■ En Irak: décimés

La très ancienne présence chrétienne en Irak est battue en brèche par les événements, les guerres, les embargos, etc. L’éclatement des extrémismes après la chute du régime fort de Saddam Hussein a durement touché la petite minorité chrétienne, désormais la cible directe, surtout depuis un an, des terroristes façon Al-Qaïda. Pour ces chrétiens, le chemin de l’exil est souvent un choix à la fois détestable mais aussi raisonnable.