«Des millions de personnes à travers le monde sont déçues par la perspective d'une guerre imminente. C'est un jour triste pour l'ONU et la communauté internationale», a déclaré dans un communiqué le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, quelques heures avant le début de l'invasion de l'Irak. C'est un fait que toute guerre importante déclenche un débat interne ravageur sur le rôle de l'organisation. Pas de quoi s'affoler, corrige cependant avec un flegme tout britannique Brian Urquhart, qui fut pendant des décennies le numéro deux de l'ONU. Et de rappeler que les Nations unies ont survécu aux violences de la décolonisation, à la guerre froide, au terrorisme, à la première guerre du Golfe et aux deux guerres des Balkans, déclenchées elles aussi sans l'aval du Conseil de sécurité.

– La grande géopolitique affecte aussi Genève. L'Association des correspondants accrédités aux Nations unies à Genève s'est ainsi alarmée officiellement de la décision, prise au siège de New York, de déplacer temporairement à Amman, en Jordanie, le centre de presse quotidien pour les affaires humanitaires, cela alors que toutes les agences humanitaires sont basées à Genève. Manœuvre pour mieux contrôler l'information et éviter les questions gênantes? Tentative de profiter de la guerre pour réduire le rôle international de Genève, comme le bruit en avait couru l'automne dernier? Le devoir de vigilance s'impose.

– Pour l'instant du moins, le reste du monde semble continuer d'aller son train. Les Etats-Unis, exclus en 2002, ont réintégré le cercle des 53 Etats participant à la 59e session de la Commission des droits de l'homme. Lors de sa visite à Genève, l'ambassadrice Jeane Kirkpatrick a annoncé l'habituel dépôt de résolutions contre Cuba, l'Irak et la Corée du Nord, mais en l'étendant cette fois-ci à des pays tels que la Biélorussie et le Turkménistan. Une innovation que les détracteurs des Etats-Unis et les observateurs des droits de l'homme jugent suspecte: pourquoi les Etats-Unis n'ont-ils pas déposé de résolution sur leur fidèle allié dans la région, l'Ouzbékistan, dont le régime est pourtant de loin pire que dans les deux pays précédents et qui vient de faire l'objet d'un rapport très critique devant la commission?

– Les derniers chiffres sur l'activité des organisations internationales à Genève viennent de sortir. On y apprend que l'emploi dans l'ensemble des organisations gouvernementales a grimpé de 17,2% en 2002 (22 621 personnes), que leurs dépenses ont bondi de 30,9% en 2001 (5,22 milliards de francs) et qu'en 2001 également, le nombre de réunions a crû de 12,8% pour un total de 95 000 délégués et experts. De son côté, le patron de l'Office des Nations unies à Genève (9062 personnes), Sergei Ordhzonikidze, a publié son bilan 2002. Il apparaît que le nombre de visites officielles (163) et de réunions (8200) ainsi que le volume des documents produits (293 939) a légèrement régressé en 2002. Une évolution à situer dans le cadre de la rationalisation et de la réforme de son administration, indique le directeur général des Nations unies à Genève.