Syrie

La chute d’Alep annonce-t-elle la bataille d’Idlib?

L’ONU la craint, Damas l’appelle de ses vœux: l’offensive contre les rebelles menace de se poursuivre avec les mêmes méthodes dans la région d’Idlib

La ville d’Idlib sera-t-elle la prochaine Alep? Alors que plusieurs milliers de combattants et de civils d’Alep ont été «évacués» vers l’Ouest, dans une région d’Idlib tenue par l’opposition et par les djihadistes, les responsables de l’ONU étaient bien en peine de garantir qu’il ne s’agissait pas, pour eux, d’un simple sursis. «Nous ne savons pas ce qui va se passer à Idlib. S’il n’y a pas d’accord politique, de cessez-le-feu, Idlib devient la prochaine Alep», concédait jeudi soir à Paris l’émissaire de l’ONU Staffan de Mistura.

Ce n’est pas la première fois que, au terme de redditions comparables à celle d’Alep-Est (bien que de moindre ampleur), les combattants anti-gouvernement sont expulsés vers cette région du nord-ouest de la Syrie qui a fini de se convertir en principal bastion de la rébellion. Les estimations en cours évoquent la présence de quelque 50 000 hommes en armes. Principalement regroupés sous la bannière de l’organisation Jaysh Al-Fatah, ces différentes forces sont surtout largement dominées par sa composante islamiste: c’est ici que règne en maître l’ancien Front Al-Nosra qui, pour avoir changé de nom en se faisant maintenant appeler Front Fatah Al-Sham, n’en reste pas moins attaché à Al-Qaida, dont il est l’émanation syrienne.

Une région stratégiquement importante

A proprement parler, Idlib ne fait pas partie de ce que l’on appelle communément «la Syrie utile», cette partie de l’Ouest du pays repassée sous le contrôle le régime de Bachar el-Assad au prix de la dévastation d’Alep. Cette région n’en revêt pas moins une importance évidente: l’année dernière, avec un important appui de l’Arabie saoudite, du Qatar, et de la Turquie, Jaysh Al-Fatah avait multiplié les victoires dans la région, s’emparant non seulement de la ville d’Idlib mais aussi de Jisr al-Choghour, en direction de la mer. Cette offensive menaçait aussi bien Lattaquié, le fief du régime d’Assad sur la côte syrienne, que les forces gouvernementales à Alep-Ouest. «Nos ennemis sont maintenant à portée de nos fusils», s’exclamait à l’époque un commandant de la force rebelle.

«Carnage» à Alep

Craignant entre autres un «carnage» à Alep, les Etats-Unis avaient alors freiné les ardeurs de cette rébellion islamiste qui annonçait un possible renversement de la guerre. C’est peu après que la Russie entrait militairement en scène en Syrie, en apportant son soutien décisif au régime syrien. Le «carnage» s’est bien produit à Alep, mais contre les quartiers de l’Est, progressivement réduits à néant par le siège de la ville et les bombardements russes.

L’heure de la revanche suivante a-t-elle sonné? S’agit-il maintenant de mettre définitivement à l’abri aussi bien Alep que Lattaquié? «La seule évacuation terroriste que nous devrions accepter, c’est de jeter ces ordures hors de la Syrie», notait par exemple sur son compte Twitter Fares Shehabi, un député pro-régime d’Alep.

Augmentation des attaques contre des civils

«Nous sommes très préoccupés à l’idée que les sièges et les barils d’explosifs vont suivre à Idlib les milliers de personnes qui ont fui Alep», note de son côté l’International Rescue Committee (IRC), une organisation qui vient en aide aux Syriens, présidée par l’ancien secrétaire britannique aux Affaires étrangères, David Miliband. L’IRC souligne notamment l’intensification des attaques contre des civils à Idlib ces derniers mois (y compris contre une école à Hass: 22 enfants et six enseignants tués ou contre plusieurs hôpitaux). Mais l’ONG rappelle aussi la présence dans la région de quelque 700 000 Syriens déplacés, qui ont fui pour la majorité d’entre eux les exactions du régime.

Enrôlés après avoir été affamés

Pas plus qu’il y a un an, l’armée syrienne n’a, à elle seule, les moyens de venir à bout du principal foyer de la rébellion. A preuve: la première mesure prise par les nouveaux maîtres d’Alep-Est a été d’identifier plusieurs centaines d’hommes en âge de combattre et de les enrôler de force dans l’armée qui venait de les affamer et de les bombarder. L’armée russe et les milices chiites pro-iraniennes accepteront-elles de poursuivre à Idlib l’entreprise de «libération» de la Syrie?

De fait, une bonne partie de la réponse dépendra du rôle de la Turquie et de sa disposition à étouffer aujourd’hui une opposition qu’elle avait laissée grandir en maintenant ses frontières ouvertes. Court-circuitant l’ONU et les Etats-Unis, la Turquie, la Russie et l’Iran vont se retrouver le 27 décembre à Moscou pour discuter d’une «solution politique au conflit en Syrie». Le destin d’Idlid sera alors sur la balance.


Lire également:

Publicité