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La chute de la maison Bo Xilai

Le Parti communiste chinois a suspendu l’ex-dirigeant Bo Xilai. Sa femme est soupçonnée de meurtre

Pékin tente d’écrire l’épilogue d’un drame qui a tenu en haleine le pays pendant des semaines et plongé les autorités dans l’embarras, quelques mois avant le renouvellement de l’élite du pays.

Le charismatique Bo Xilai visait le comité permanent du Parti communiste, où siègent les «neuf empereurs» qui dirigent la Chine. Son destin a pris des contours inattendus en mars, quand il a été est limogé sans explication de son poste de gouverneur de Chongqing, mégapole du sud-ouest du pays. Sa chute s’est précipitée cette semaine, à l’annonce de sa suspension du bureau politique du Parti communiste chinois (PCC) et de son comité central.

«Le camarade Bo Xilai est soupçonné de sérieuses violations de la discipline», a annoncé l’agence Chine nouvelle mardi soir, laissant présager d’une accusation de corruption. Mais il y a pire. La star déchue serait liée à une sordide affaire de meurtre.

Au cœur du scandale, dans le rôle de la belle sulfureuse, l’épouse de Bo Xilai, l’avocate Gu Kailai, aujourd’hui en garde à vue, soupçonnée d’avoir assassiné un homme d’affaire britannique. Quand Neil Heywood, un proche du couple et de leur fils, est retrouvé mort dans sa chambre d’hôtel de Chongqing en novembre dernier, les autorités locales concluent rapidement à un excès d’alcool. Son corps est incinéré avec l’accord de ses proches, sans autopsie.

Mais les révélations du chef de la police de la mégapole Wang Lijun amèneront Pékin à revenir sur ces conclusion et Londres à demander l’ouverture d’une enquête. Réalisant qu’il fait l’objet d’une enquête pour corruption, l’ancien bras-droit de Bo Xilai et pilier de la politique anti-mafia qui a rendu le leader de Chongqing populaire au-delà de sa province fuit la mégapole en en février pour se réfugier 600 kilomètres plus loin, dans l’ambassade américaine de Chengdu, où il aurait demandé l’asile politique. Il y passe plus de trente heures. A sa sortie, il est intercepté par la police chinoise qui le détient encore à ce jour. Peu après cet incident, Bo Xilai sera limogé.

Selon des sources diplomatiques citées dans la presse anglosaxone, le superflic aurait mis les autorités sur la piste du meurtre de Neil Heywood. Ce dernier, marié à une Chinoise, a fait fortune entre Pékin et Chongqing. Il aurait notamment travaillé pour un agence d’intelligence économique fondée par d’anciens espions anglais. Il s’est rapproché du couple en aidant le fils de Bo Xilai à trouver une place dans une prestigieuse école britannique. Pour expliquer le crime, l’agence Chine nouvelle évoque de manière allusive des «conflits d’intérêts d’ordre économique» entre l’homme d’affaire britannique et l’épouse de Bo Xilai.

Jusqu’ici, le silence de Pékin autour de l’éviction de Bo Xilai n’avait fait qu’amplifier le scandale en provoquant un déferlement de rumeurs. Les réseaux sociaux, révélateurs, évoquaient déjà la nature criminelle de la mort de Niel Heywood. Les bruits faisaient rage également sur les luttes à la tête du pouvoir.

Fils du révolutionnaire historique Bo Yibo, qui fut lui-même membre du bureau politique, le leader de Chongqing incarnait un courant de gauche extrêmement populaire, mais dangereux aux yeux de certains membres influents du PC. Le flamboyant politicien a aussi fait des vagues en voulant raviver à Chongqing l’idéologie révolutionnaire de Mao Zedong.

Peu après l’annonce de la suspension de Bo Xilai, le Global Times, fidèle aux vues de Pékin, diffusait la morale de l’histoire. «La décision du PC contre Bo Xilai montre que personne n’est au-dessus des lois en Chine […] les affaires locales ne peuvent pas être dominées par les intérêts d’un individu», écrit le quotidien avant de conclure que tout est «sous contrôle des autorités, qui ont permis au pays de «surmonter une secousse avant le 18e Congrès national du PCC».

Mais malgré ces déclarations, le masque de l’unité du PC s’est craquelé, compromettant l’espoir d’une transition sans heurts.

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