«Cher citoyens, je m’excuse de vous avoir causé tant de soucis. En voyant le peuple pareillement touché, il est de mon devoir de m’excuser plus de 100 fois au besoin.» En l’espace d’un mois, la présidente sud-coréenne Park Geun-Hye a présenté à trois reprises ses excuses publiques. Mardi, c’était peut-être la dernière fois. Car désormais, ses jours à la Maison Bleue, la résidence présidentielle à Séoul, sont comptés.

Au fil des semaines, Park Geun-Hye s’est enlisée dans un scandale politico-financier rocambolesque au point de perdre le soutien d’une frange de son parti conservateur, le Saenuri, dont suffisamment de membres pourraient rejoindre l’opposition, vendredi, pour voter sa destitution. La pression de la rue – une sixième manifestation massive est prévue samedi dans la capitale – rend son maintien au pouvoir impossible.

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Extorsion et viagra

Le scandale avait éclaté avec des révélations concernant une confidente de l’ombre, Choi Soon-Sil, qui aurait non seulement influencé les choix politiques de la présidente mais usé de sa protection pour soustraire des fonds aux plus grandes entreprises du pays. Sous la pression médiatique, un procureur a fini par se saisir de l’affaire et procédé à l’arrestation de Choi Soon-Sil. Mais la présidente est à son tour dans le viseur de la justice, une commission d’enquête devant être mise sur pied.

Ces dernières semaines, les perquisitions se sont multipliées, notamment chez Samsung, l’un des principaux conglomérats sud-coréens (chaebol), mais également chez des personnalités du spectacle. L’affaire s’est encore pimentée lorsqu’un député de l’opposition a révélé que des centaines de pilules contre les troubles de l’érection ainsi que des extraits de placentas humains et des vitamines injectables utilisées pour la désintoxication et la lutte contre le vieillissement avaient été achetés par les services de la présidence.

Guru et discrédit

Fille d’un prédicateur évangéliste qui avait pris sous sa protection Park Geun-Hye, Choi Soon-Sil est soupçonnée d’avoir joué à son tour un rôle de guru auprès de la présidente restée célibataire. Pour sa défense, ses services ont indiqué que le Viagra avait été commandé pour lutter contre le mal de l’altitude – c’est l’une des indications thérapeutique de ce médicament – à l’occasion d’un voyage dans un pays africain situé en zone montagneuse. Mais le discrédit est total, seul 4% des Sud-coréens lui faisant encore confiance pour présider aux destinées du pays.

Park Geun-Hye sait qu’elle ne pourra achever son mandat qui courait jusqu’en février 2018. Mais plutôt que de démissionner, elle a expliqué mardi vouloir s’en remettre à la sagesse du Parlement pour régler son départ tout en évitant de créer un vide qui favoriserait le chaos. Cette proposition a aussitôt été rejetée par l’opposition qui voit dans ce geste une ultime manœuvre pour retarder son départ.

Elections anticipées

L’opposition réussira-t-elle à réunir deux tiers des voix pour destituer la présidente en fin de semaine? Les tractations avec le parti au pouvoir devraient se poursuivre jusqu’à la dernière minute. Dans tous les cas – une démission, une destitution ou une procédure parlementaire pour abréger le mandat de Park Geun-Hye – la question d’élections présidentielles anticipées est posée. Elles pourraient intervenir au plus tôt en avril prochain.

Plusieurs noms circulent déjà pour succéder à la première femme présidente de Corée du Sud et fille de l’ancien dictateur Park Chung-Hee. A ce stade, trois noms se dégagent des sondages. Tout d’abord la leader du Parti démocrate de centre gauche, Moon Jae-In. Elle devance désormais un certain Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU qui terminera son mandat en fin d’année et qui devrait être de retour en Corée du Sud fin janvier prochain.

Ban Ki-moon en embuscade

Le troisième candidat, l’homme qui monte, est également issu des rangs du parti démocrate mais se présente comme un outsider. Lee Jae-Myung est le maire d’une ville de la banlieue de Séoul et ses supporters le présentent comme le «Trump sud-coréen». Très présent sur les médias sociaux, il promet d’éliminer le «cartel de l’establishment» à l’exemple de Rodrigo Duterte aux Philippines. Il promet une révolution économique en procédant au démantèlement des chaebols.