Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a réaffirmé mardi lors d’une visite à Chypre-Nord son attachement à une solution à deux Etats et accusé le gouvernement chypriote-grec de «malhonnêteté» pour résoudre le problème de la partition de l’île méditerranéenne.

Depuis son invasion par l’armée turque en 1974, l’île est divisée entre la République de Chypre - Etat souverain membre de l’Union européenne – qui exerce son autorité au sud, et la République turque de Chypre-Nord (RTCN) autoproclamée en 1983, uniquement reconnue par Ankara, au nord.

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«Un nouveau processus de négociation peut seulement reprendre entre deux Etats», a déclaré Recep Tayyip Erdogan lors d’un discours à Nicosie-Nord. «Pour cela, la souveraineté et un statut à égalité (avec celui de la République de Chypre) doivent être confirmés», a-t-il insisté.

«Nul progrès dans les négociations ne peut être fait sans accepter qu’il y a deux peuples et deux Etats […] Nous n’avons pas cinquante ans à perdre sur des modèles dont l’invalidité a été prouvée», a-t-il ajouté.

Une solution à deux Etats

Après l’échec de plusieurs séries de négociations, notamment celles en 2017 menées sous l’égide de l’ONU à Crans-Montana (Suisse), Recep Tayyip Erdogan défend une solution dite à deux Etats, impliquant la reconnaissance par la communauté internationale de Chypre-Nord.

En visite sur l’île pour le 47e anniversaire de l’invasion de Chypre par la Turquie, en réaction à un coup d’Etat visant à rattacher l’île à la Grèce, le président turc a accusé les Chypriotes-grecs de «bloquer la route à toute solution».

«Les Chypriotes-grecs insistent pour adopter une posture maximaliste, non sincère et incomplète qui est déconnectée de la réalité […], ils ne sont pas honnêtes», a-t-il lancé devant une foule qui l’acclamait en agitant des drapeaux de la Turquie. Il a aussi insisté sur les «mensonges» de l’Union européenne, qui a prévenu qu’elle «n’accepterait jamais, jamais, une solution à deux Etats».

La ligne rouge de Varosha

Mardi, à 5h30 (4h30 en Suisse), Nicosie, capitale de la République de Chypre au sud, s’est réveillée aux sons des sirènes qui ont marqué le début de l’invasion turque, le 20 juillet 1974. Au nord, des avions turcs ont tracé dans le ciel le croissant et l’étoile du drapeau turc et du drapeau chypriote-turc, et des hélicoptères ont rasé les immeubles tandis que Recep Tayyip Erdogan assistait au défilé des forces turques stationnées dans cette partie de l’île.

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A ses côtés, le «président» de Chypre-Nord, Ersin Tatar, a annoncé le début de «la seconde phase de notre (plan) d’expansion de Varosha», afin d'«en finir avec le deuil». La réouverture de cette ancienne station balnéaire, fuie par ses habitants en 1974 et entourée de barbelés par l’armée turque, est une ligne rouge pour le gouvernement chypriote-grec.

«La vie reprendra» à Varosha, a affirmé le président turc, appelant une nouvelle fois aux propriétaires chypriotes-grecs à demander, via une commission chypriote-turque, compensation pour la perte de leurs propriétés.

Le ministre grec des Affaires étrangères, Nikos Dendias, se rendra mercredi à Chypre pour rencontrer le président de la République de Chypre Nikos Anastasiades, son homologue Nikos Christodoulides et le maire chypriote-grec de Famagouste (en exil), dont Varosha est un quartier, selon la diplomatie grecque qui a dénoncé «le comportement illégal» de la Turquie à Chypre.