Depuis l'arrestation samedi à Rawalpindi (Pakistan) de l'un des cerveaux présumé d'Al-Qaida, Khalid Sheikh Mohammed, l'unité de la CIA chargée de traquer Oussama Ben Laden est en ébullition. L'ordonnateur des attentats du 11 septembre 2001 aurait, selon des fuites citées par la presse américaine, été localisé au Baloutchistan, une région désertique de l'ouest du Pakistan où séjournait jusqu'à ces derniers jours Khalid Sheikh Mohammed. Khalid, interpellé à son réveil par les services de renseignement de Washington et d'Islamabad qui le considèrent comme le numéro trois de la nébuleuse terroriste, avait échappé de peu la semaine précédente à une descente de police à Quetta, la capitale baloutche. Sa proximité avec Ben Laden serait établie. «Grâce à Dieu, le Sheikh (le chef) est vivant. Je l'ai encore rencontré il y a un mois» aurait-il déclaré à ses geôliers.

Véritable «force spéciale» au sein de l'agence de renseignement américaine, le groupe d'officiers, de détectives, de traducteurs, de graphologues, d'informaticiens et de spécialistes des circuits financiers affairé à traquer Ben Laden continue à passer au peigne fin les indices et le matériel saisi au domicile de Khalid Sheikh Mohammed, qui avait trouvé refuge chez des sympathisants d'un mouvement islamiste pakistanais.

L'indice numéro un serait des lettres manuscrites en arabe retrouvées sur place et attribuées au chef d'Al-Qaida. Des échantillons du papier sur lequel elles sont écrites ont été examinés au microscope par la CIA, afin d'essayer d'en déterminer la provenance. Le disque dur de l'ordinateur portable que Khalid partageait avec Mustafa Ahmed Al-Hawsawi, un complice arrêté avec lui et présenté comme l'un des opérateurs financiers de la nébuleuse terroriste, a lui aussi été passé au crible.

Une traque multiforme

Chaque information donnée par les captifs qui semblent être toujours retenus à la base de Bagram, en Afghanistan, est enregistrée, consignée, comparée au reste de l'immense base de données compilée sur le chef d'Al-Qaida

Pour ce commando anti-Ben Laden composé de plus d'une centaine de personnes à Langley, le siège de la CIA en Virginie et d'autant à Bagram, leur quartier général afghan, cette moisson relance la possibilité d'une capture de l'homme le plus recherché du monde, dont la tête est mise à prix: 25 millions de dollars par Washington. Car depuis sa fuite rocambolesque des grottes montagneuses de Tora Bora, en Afghanistan, au début décembre 2001, et malgré les arrestations de plusieurs de ses adjoints directs, le Saoudien a éludé la traque policière la plus sophistiquée de l'histoire. Il aurait d'abord rejoint fin 2001 à cheval ou dans un convoi d'une cinquantaine de véhicules tout-terrain (les témoignages diffèrent) la zone tribale frontalière du Pakistan, dans les environs du village de Janikhel où l'armée pakistanaise a effectué depuis plusieurs rafles sans succès. Il a ensuite adressé au monde, via la chaîne de TV du Qatar Al-Jazira, plusieurs messages authentifiés sur des cassettes audio. Les trois dernières remontent au 6 octobre, au 12 novembre 2002 et au 16 février 2003. La Maison-Blanche en a à chaque fois demandé l'authentification immédiate. Selon l'hebdomadaire Newsweek, la confirmation que la voix de Ben Laden était bien celle entendue sur la bande magnétique de novembre aurait même été transmise au téléphone à Georges Bush… à l'aube, dans sa salle de bains, par sa conseillère nationale à la sécurité Condoleeza Rice.

Les méthodes américaines contestées

L'étau autour d'Oussama Ben Laden n'est toutefois pas qu'une affaire d'experts employés à traquer les conversations téléphoniques, à retracer l'origine des e-mails trouvés au domicile de Khalid Sheikh Mohammed (dont l'un, émis par un égyptien Abdel Rahman, serait à l'origine de sa localisation) ou à essayer de dénouer l'écheveau compliqué des courriers utilisés par Al-Qaida pour passer ses messages. Il passe aussi par des interrogatoires musclés. Depuis leur arrestation, les deux hommes interpellés à Rawalpindi sont maintenus dans des lieux officiellement secrets et l'armée américaine, qui dément recourir à la torture, ne nie pas utiliser «des moyens de pression psychologique» pour les faire craquer. Ils seraient privés de sommeil, placés en isolement total, obligés de se tenir debout et d'écouter en permanence des bruits stridents. La CIA ne cesse en particulier de leur répéter qu'ils ont été trahis et que leur mouvement est infiltré. La confirmation par l'armée américaine, jeudi, du décès de deux prisonniers de la base de Bagram relance néanmoins les soupçons de mauvais traitements dans cette chasse à l'homme planétaire. Des interrogations ont aussi surgi au Pakistan sur la date et le lieu de l'arrestation de Khalid Sheikh Mohammed, qui auraient été «arrangés» pour plaire au gouvernement d'Islamabad.