Ce faisant, explique le Daily Beast, les critères autorisant les frappes à l’aide de drones risquent de se durcir afin d’accroître la transparence d’opérations qui ont suscité récemment une vive controverse à Washington en raison de leur caractère secret et du statut des personnes visées. La CIA a parfois ciblé des accompagnants de terroristes présumés, les assimilant à des combattants. Une pratique contraire aux Conventions de Genève.

C’est une vraie révolution que l’ONG Human Rights Watch a régulièrement appelée de ses vœux. Son directeur Kenneth Roth le confiait récemment au Temps dans une interview critique du programme de drones de la Maison-Blanche. La décision de transférer les compétences pour les attaques de drones au Pentagone est décrite au sein de l’administration comme un effort «d’institutionnalisation» censé instaurer des procédures et règles claires pour autoriser des éliminations ciblées de terroristes.

Paradoxalement, c’est le nouveau directeur général de la CIA, John Brennan, qui a poussé à cette institutionnalisation, estimant que le cadre juridique ad hoc pour ce type d’opération très controversée n’est pas adapté aux exigences d’aujourd’hui. Or, par le passé, en tant que patron de la lutte contre le terrorisme et grand architecte des frappes ciblées à l’aide d’avions sans pilote, John Brennan a suscité quelques remous en laissant entendre qu’il appuyait les méthodes d’interrogatoire de l’administration Bush assimilables à de la torture.

La nouvelle est considérable, mais elle répond à une logique manifeste. Le président Barack Obama est soumis depuis plusieurs mois à une pression constante pour faire plus de lumière sur ce programme de drones. Ce d’autant que son administration a longtemps refusé de remettre aux commissions des renseignements du Congrès les documents juridiques permettant de justifier les attaques. C’est sous la pression du Capitole qu’il a fini par céder.

Récemment, deux événements ont accru la pression sur l’administration Obama. Rapporteur auprès de l’ONU sur la promotion et la protection des droits de l’homme et des libertés fondamentales dans la lutte antiterroriste, Ben Emerson a passé trois jours à Islamabad. Il a relevé que les frappes de drones américains au Pakistan constituent une claire violation de la souveraineté pakistanaise: «La position du gouvernement du Pakistan est tout à fait claire. Il n’autorise pas sur son territoire l’usage de drones américains et considère cela comme une violation de la souveraineté et l’intégrité territoriale du Pakistan.»

Dans le même temps, un juge d’une Cour d’appel fédérale a imposé vendredi dernier à la CIA de révéler les documents qui justifient les éliminations ciblées de terroristes présumés au moyen d’avion sans pilote.