Le gouvernement américain a autorisé la publication la semaine dernière de 5800 documents confidentiels démontrant que le président Nixon et la CIA (services secrets) étaient parfaitement informés des atteintes massives aux droits de l'homme perpétrées au Chili lors du coup d'Etat contre Salvador Allende, puis sous la dictature militaire. Un câble adressé au quartier général de la CIA, daté du 12 octobre 1973 (un mois après le putsch), écrit ainsi: «Le bain de sang continue. Le régime ne montre aucun signe de relâchement dans sa détermination à traiter énergiquement et de façon décisive les dissidents.»

Ce volumineux dossier de 25 000 pages, consultable sur Internet *, comprend des télégrammes, des correspondances, des comptes-rendus de réunions et divers rapports sur les événements. Mais il ne répond apparemment pas aux principales questions que l'arrestation à Londres d'Augusto Pinochet a soulevées aux Etats-Unis: quels ont été l'implication et le rôle exact de Washington dans la genèse du coup d'Etat et les crimes qui y sont associés? Ou dans la mort de plusieurs citoyens américains, comme le journaliste Charles Horman, dont le cas a inspiré le scénario du film Missing.

Il illustre en revanche les efforts prodigués à l'époque par le Département d'Etat pour répliquer aux critiques contre la bienveillance qu'il a longtemps témoignée au gouvernement Pinochet. L'administration du président Gérald Ford accordait notamment des prêts au régime Pinochet pour l'aider à rééchelonner la dette chilienne, et le rassurait quant aux résolutions du Congrès protestant contre les atteintes aux droits de l'homme ou le menaçant de représailles économiques.

Un communiqué de la Maison-Blanche précise que les documents «concernent les abus contre les droits de l'homme, les actes de terrorisme et autres actes de violence politique commis pendant la période des cas les plus flagrants» (1973-1978). Près de 500 pièces proviennent de la CIA, 60 du Pentagone (Ministère de la défense), 100 du FBI (la police fédérale) et les autres du Ministère des affaires étrangères. D'autres archives seront ultérieurement dévoilées, couvrant la période 1978-1991. Le juge espagnol Baltasar Garzón devrait y trouver des éléments complémentaires dans son instruction contre le général Pinochet. En revanche, la justice britannique, qui ne considère que les crimes perpétrés après 1988, n'en tiendra pas compte pour autoriser ou non l'extradition de l'ancien dictateur, en septembre prochain.

* http://foia.state.gov