La CIA se refuse à publier de nouveaux documents détaillant son programme d’interrogations et de détention de suspects de terrorisme à l’étranger, au motif que cette publication pourrait «porter sérieusement atteinte à la sécurité nationale».

Dans des documents de justice dont l’AFP s’est procuré copie mercredi, Wendy Hilton, chargée à l’agence américaine de renseignement de veiller à la déclassification de documents classés secret défense, explique au juge fédéral de New York Alvin Hellerstein qu’elle refuse d’autoriser la publication d’une série de documents malgré une décision de justice l’y obligeant.

Un premier jeu de documents décrivant les activités antiterroristes de la CIA à l’étranger après le 11-Septembre a été rendu public la semaine dernière grâce à une décision de justice obtenue par l’Aclu, la puissante organisation américaine de défense des libertés civiles.

La deuxième série devait être rendue publique lundi.

De manière générale, explique Mme Hilton, «les documents en question contiennent des informations impliquant des activités, sources, méthodes, et informations du renseignement […]. Il est raisonnable de penser que leur publication pourrait porter sérieusement atteinte et de manière exceptionnellement grave à la sécurité nationale».

Elle précise qu’ils recèlent des informations sur «la capture, la détention et l’interrogation des terroristes connus ou suspects», ainsi que sur les lieux où se trouvaient les prisons secrètes de la CIA à l’étranger.

Le programme secret de transport, de détention et d’interrogation à l’étranger de suspects par la Centrale du renseignement américain a été arrêté par Barack Obama à son arrivée à la Maison Blanche en janvier.

De nombreux détails sur ces pratiques sont déjà connus mais Mme Hilton estime qu’en dévoiler davantage «compromettrait» l’efficacité des interrogatoires actuels ou à venir. Ils permettraient selon elle aux organisations terroristes de préparer leurs troupes aux nouvelles méthodes d’»incitation» à la parole et leur donneraient un «aperçu des intérêts du renseignement et des connaissances de la CIA».

Elle précise en outre que la coopération de gouvernements étrangers aux activités de la CIA risquerait d’être compromise. Pour elle enfin, la divulgation du contenu des discussions entre des responsables de l’exécutif précédant la prise de décision pourrait «décourager» ceux-ci «d’avoir à l’avenir des discussions franches et ouvertes».

«La CIA a une politique de transparence qu’aucune autre agence de renseignement ne peut égaler. Nous avons au cours de différents programmes déclassifié des dizaines de millions de pages depuis des années», a commenté à l’AFP Paul Gimigliano, un porte-parole de la Centrale.

«Les arguments avancés par la CIA pour justifier la non-publication de ces documents sont totalement incompatibles avec l’engagement de l’administration Obama d’en finir avec la torture et de restaurer la transparence gouvernementale», a regretté l’Aclu dans un communiqué.