Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), décidément, ne manque pas de travail. Avec 911 millions de francs de budget pour 2005 (129 millions de plus que l'année précédente), avec plus de 12000 employés répartis dans 80 délégations à travers le monde, les opérations de l'organisation humanitaire basée à Genève sont «en considérable expansion», a confirmé jeudi son président, Jakob Kellenberger.

Cet accroissement s'explique notamment par l'irruption de catastrophes naturelles, dont le tsunami qui a frappé l'Asie du Sud-Est en décembre 2004. «Nous avons fait la preuve que nous n'hésitons pas à nous engager très vite en cas de nécessité», a affirmé à cet égard le président du CICR.

Mais d'autres crises démontrent, à travers les moyens qu'elles nécessitent, la place accrue qu'elles ont prise dans le panorama des conflits mondiaux. La plus préoccupante d'entre elles, aux yeux des responsables du CICR: la Somalie, dont la guerre s'est violemment rallumée en février dernier.

Depuis lors, quelque 1700 blessés sont arrivés dans les hôpitaux dont le CICR s'occupe dans la capitale, Mogadiscio, mille pour le seul mois dernier. En termes de victimes directes (c'est-à-dire sans tenir compte par exemple des populations déplacées), cela fait de la Somalie le conflit actuellement le plus meurtrier de la planète.

Le CICR dispose de suffisamment de fonds pour faire face aux nécessités. Le principal contributeur reste, de loin, les Etats-Unis, avec 212 millions de francs suisses versés l'année dernière. Mais ce sont aussi des «terrains» dans lesquels l'armée américaine est engagée (Afghanistan, Irak) qui se révèlent parmi les plus coûteux pour l'organisation.

Dans une logique comparable, le boycott international décrété par la communauté internationale contre le Hamas palestinien aura des conséquences pour les activités de l'institution.

Radinerie israélienne

«Ni le CICR ni aucune organisation humanitaire ne pourra se substituer à l'Autorité palestinienne», a estimé Jakob Kellenberger. En ajoutant toutefois que le CICR «envisage une extension de son aide» dans les territoires palestiniens, pour faire face notamment aux besoins accrus en matière de santé.

«En termes légaux, la responsabilité [de l'aide aux Palestiniens] revient à la puissance occupante», a encore rappelé Jakob Kellenberger. Israël a versé l'année dernière 141020 francs au CICR. Le budget consacré par l'organisation à ses opérations en Israël/Palestine se monte à 47 millions.

En matière de respect du droit, le plus grand problème reste, pour le CICR, la multiplication des conflits internes, principalement en Afrique. Mais les actions de l'organisation se déroulent aussi désormais dans un contexte international marqué par «la lutte contre le terrorisme» menée par les Etats-Unis et leurs alliés.

«Globalement, lorsque des personnes sont détenues, les principes du droit international humanitaire sont applicables dans ce contexte», a souligné Jakob Kellenberger. Mais le président s'est refusé à entrer dans le détail, rappelant seulement que le CICR avait pu rendre visite à «des milliers» de personnes détenues par les forces américaines.