«Le CICR doit créer des refuges et des corridors humanitaires à Gaza»

Riad Malki, ministre des Affaires étrangères palestinien, était en visite en Suisse jeudi. Comme les autres ministres du cabinet d’union nationale, il ne fait partie ni du Hamas, ni du Fatah du président Mahmoud Abbas.

Le Temps: Comment briser le cycle de violence qui a repris à Gaza?

Riad Malki: L’initiative égyptienne, qui prévoit la fin des hostilités et la levée du siège de Gaza, est toujours d’actualité. Les Egyptiens ont demandé à toutes les parties de revenir à la table des négociations au Caire. Nous avons immédiatement dit que nous y étions prêts. Les Israéliens n’ont pas répondu.

– Mais c’est le Hamas qui a rompu le cessez-le-feu mardi?

– Si vous prenez les affirmations israéliennes pour argent comptant, nous avons un problème. Il n’y a pas que les roquettes. Ecoutez les Egyptiens, qui ont dit leur déception à l’égard de l’attitude israélienne. Israël refuse de lever le siège, de rouvrir l’aéroport de Gaza, de permettre l’entrée de matériel pour la reconstruction… En fait, le gouvernement israélien veut une reddition totale des Palestiniens. Il ne l’a pas obtenue au Caire, donc il retourne sur le front militaire.

– Une démilitarisation de la bande de Gaza contre une levée du siège vous paraît-elle une bonne formule?

– Non. Les Palestiniens ne sont prêts à une démilitarisation que si Israël en fait de même. Vous ne pouvez pas demander aux occupés de désarmer, alors que l’occupant continue de recevoir les armements les plus sophistiqués.

– Qu’est-ce que les Palestiniens ont alors à offrir dans la négociation?

– Un cessez-le-feu. Il sera ensuite temps de parvenir à un règlement global de la question palestinienne. Cela comprend la Cisjordanie et Jérusalem, pas seulement Gaza. C’est seulement une fois qu’un Etat palestinien viable aura été créé que nous le démilitariserons.

– Qu’attendez-vous de la Suisse?

– Qu’elle organise une conférence des Etats signataires des Conventions de Genève. Les Palestiniens ont désespérément besoin d’une protection internationale. Ces 45 derniers jours de l’offensive dévastatrice contre Gaza l’ont démontré. Israël, en tant que puissance occupante, a la responsabilité de garantir la sécurité et la prospérité de notre peuple. Mais, au lieu de cela, il nous détruit et nous assassine.

– Quand devrait se tenir une telle conférence?

– Au plus vite. La situation sur le terrain l’exige. Israël n’a pas stoppé ses atrocités contre les Palestiniens. Rien que dans la matinée [mercredi ndlr], 28 civils ont été tués à Gaza.

– Les deux précédentes conférences humanitaires sur le Proche-Orient n’avaient pas produit de résultat probant, la première en 1999 n’a duré que quelques minutes…

– Nous n’accepterons pas que la réunion tourne court. C’est pour éviter cela que nous sommes ici.

– Qu’avez-vous demandé au CICR?

– Nous les encourageons à faire plus. Les visites aux détenus et les autres activités qu’ils mènent ne sont pas suffisantes. Ils doivent définir et déclarer des zones sûres, où les Palestiniens puissent se réfugier. Pas comme les six écoles de l’UNRWA qui ont été bombardées par l’armée israélienne. Le CICR doit aussi créer des corridors humanitaires pour permettre aux Gazaouis de fuir les combats et de chercher de l’aide.

– Pensez-vous que l’emblème de la Croix-Rouge serait une protection suffisante?

– Je ne sais pas. Mais nous n’avons pas beaucoup d’autres options que de tenter de nouvelles approches. Israël a montré qu’il ne respectait pas ses obligations en regard du droit humanitaire. Il faut agir sans attendre. L’emblème du CICR peut dissuader des frappes. Même si la sécurité des refuges augmente de 10%, c’est mieux que rien.

– Comment vos propositions ont-elles été accueillies?

– Peter Maurer, président du CICR, les a trouvées intéressantes, tout en pointant des difficultés et des limitations. Mais si nous attendons le feu vert israélien, nous ne ferons rien. Le CICR doit mobiliser la communauté internationale pour faire de ces zones sûres une réalité acceptée par le plus grand nombre d’Etats. Si Israël ne les respecte pas, il en paiera les conséquences.

– Comptez-vous ratifier le Statut de Rome, qui permettrait à la Cour pénale internationale de poursuivre les crimes de guerre commis dans les territoires palestiniens?

– Nous le ferons bientôt.