A l'émission de télévision Mise au point de la TSR, dimanche, le président du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Cornelio Sommaruga, s'est félicité du fait qu'il était persona grata en Yougoslavie: «On m'a annoncé que je serais le bienvenu à Belgrade.» En fait, derrière un oui de principe très diplomatique, les autorités yougoslaves ne se sont guère engagées. Datée de jeudi dernier, une lettre de l'ambassadeur yougoslave auprès des Nations unies, Branko Brankovic, a effectivement accepté que Cornelio Sommaruga puisse se rendre à Belgrade: «Votre idée de vous déplacer sur le territoire de la République fédérale yougoslave a toujours été acceptée dans le passé. Nos portes vous restent grandes ouvertes», lui a-t-il écrit. Cependant, les autorités yougoslaves se sont abstenues jusqu'ici de répondre concrètement aux demandes du CICR. En effet, Cornelio Sommaruga n'a reçu aucune assurance sur la possibilité de rencontrer Slobodan Milosevic comme il le souhaitait.

Dans un entretien téléphonique avec Le Temps, l'ambassadeur Branko Brankovic a souligné du reste «qu'il était impossible de garantir la sécurité de quiconque tant que dureraient les bombardements». Le diplomate ajoute aussi que «les déplacements sont devenus extrêmement compliqués et qu'il était impossible de se rendre de Belgrade à Budapest depuis la destruction des ponts (par l'OTAN)». Branko Brankovic relève ainsi qu'une délégation de la Croix-Rouge yougoslave a été contrainte d'annuler une réunion du mouvement des Croix-Rouges à Genève, faute de pouvoir se rendre à temps dans un pays tiers, que ce soit la Hongrie, la Bulgarie ou la Macédoine.

Le CICR souhaitait par un entretien entre son président et Slobodan Milosevic relancer ses activités au Kosovo. Il a pour cela besoin de l'accord de Belgrade, y compris pour obtenir des assurances en matière de sécurité. L'organisation humanitaire pourrait mettre en évidence sa position d'aide aux populations serbe et albanaise. En collaboration avec la Croix-Rouge yougoslave, le CICR vient d'envoyer 5000 couvertures pour les gens dont les maisons avaient été détruites dans la ville serbe d'Aleksinac lors d'un raid de l'OTAN. Par ailleurs, le CICR participe à l'aide aux réfugiés en Macédoine, en Albanie et au Monténégro. Et son président est intervenu lors d'une réunion des Nations unies pour dénoncer «la tentative de conduire la vaste majorité de la population d'origine albanaise hors du Kosovo», réaffirmant que la catastrophe humanitaire a été sous-estimée.