C’était le baptême du feu pour Peter Maurer, nommé à la présidence du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) en juillet dernier. Depuis son entrée en fonction, l’ancien secrétaire d’Etat au Département fédéral des affaires étrangères s’était déjà déplacé au Pakistan et à Téhéran. Mais il a consacré cette semaine sa première visite de terrain «opérationnelle» à la Syrie, où «toutes les caractéristiques d’un conflit armé sont réunies» et où l’urgence humanitaire est brûlante.

A Damas, Peter Maurer a rencontré le président syrien, Bachar el-Assad, et plusieurs de ses ministres, dont le chef de la diplomatie, Walid al-Mouallem. Avec eux, il a évoqué l’urgence sous toutes ses formes: les visites aux prisonniers, «dans tous les établissements, notamment ceux gérés par les services de sécurité»; les moyens d’accélérer la livraison d’aide humanitaire et la réponse médicale «dans toutes les parties du pays où les besoins augmentent»; l’urgence aussi de mettre un terme aux obstacles administratifs qui entravent l’acheminement de matériel et le déploiement des équipes. Peter Maurer dit avoir obtenu des responsables syriens des «engagements positifs». «Les représentants du gouvernement sont conscients qu’il y a une crise et que des gens sont dans le besoin. Je peux déduire des réponses de Bachar el-Assad qu’il est sérieusement intéressé à se pencher sur ces problèmes», a-t-il précisé vendredi, de retour au siège du CICR, lors de sa première conférence de presse.

«Il reste à voir comment ces discussions, positives dans leur tonalité et par leurs engagements, vont se traduire en une réalité concrète», a poursuivi, prudent, le président du CICR en insistant sur la mise en œuvre d’un «mécanisme de suivi de ce qui a été convenu, destiné à produire des résultats, dans les toutes prochaines semaines».

En avril dernier, alors que la situation n’était pas encore formellement qualifiée de guerre civile, son prédécesseur, Jakob Kellenberger, s’était lui aussi rendu à Damas. Un accord avait été conclu avec les autorités pour ouvrir plus largement l’accès du pays au CICR. Avec quels résultats concrets? «Des projets ont été mis en œuvre en matière sanitaire, d’assistance médicale ou d’eau. Mais ces acquis ont été contrecarrés par l’évolution du conflit qui augmente les besoins. De telle sorte que le rythme de mise en œuvre n’est plus conforme», admet Peter Maurer. D’où cette nouvelle visite à Damas: «Ce n’est pas la première fois que, après dix-huit mois de conflit, le CICR en est toujours à expliquer ce qu’est l’aide humanitaire indépendante.»

Sans entrer dans les détails, il indique que l’organisation a porté assistance à 800 000 Syriens. Depuis le début du soulèvement, en mars 2011, «le CICR est actif en Syrie. Nous sommes en bon chemin, mais honnêtement, le chemin est en dessous de ce qui est nécessaire et de ce que le CICR voudrait faire», dit-il.

Durant son séjour à Damas, Peter Maurer a eu la possibilité de se mouvoir dans les environs de la capitale, d’y visiter des centres médicaux et de s’entretenir avec des civils. «Les destructions des infrastructures sont considérables, a-t-il relaté. En m’entretenant avec des résidents, j’ai entendu des récits effroyables d’attaques armées», relate-t-il en rendant hommage «au courage» des volontaires du Croissant-Rouge arabe syrien. Le CICR rappelle aussi qu’il entretient des «contacts réguliers» avec des groupes d’opposition en Syrie et à l’étranger. Certains d’entre eux se sont engagés auprès de l’organisation à respecter le droit humanitaire international. «Mais nous avons des difficultés à interpréter le poids de ces engagements, concède Peter Maurer, étant donné la fragmentation de l’opposition.»

«Les représentants du gouvernement sont conscients qu’il y a une crise et que des gens sont dans le besoin»