Yves Daccord: «Le siègedu CICR restera à Genève»

Humanitaire Plan social et délocalisations

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) va-t-il réduire son personnel à son siège genevois? Mercredi, on apprenait qu’un plan social avait été signé en juillet déjà. Son directeur, Yves Daccord, s’en explique.

Le Temps: Quelle est la situation financière du CICR?

Yves Daccord: A la fois saine et complexe. Les besoins humanitaires explosent et il est devenu compliqué d’assurer la sécurité de nos délégués sur le terrain. Ces 18 derniers mois, notre budget opérationnel a augmenté de près de 30% pour atteindre cette année 1,3 milliard de francs. Malgré tout, nous finirons l’année avec un petit déficit, d’une ampleur gérable.

– Pourquoi alors ce plan social?

– Parce que, contrairement à nos opérations, nous voulons stabiliser les dépenses de notre siège. Si on tient compte des augmentations salariales et de l’inflation, cela signifie que nous devrons réduire les coûts de 1,5 à 2,5% par année, soit entre 3 et 5 millions d’économies par an ces quatre prochaines années.

– Combien de personnes seront-elles touchées?

– C’est trop tôt pour le dire. Nous n’avons encore rien décidé au niveau des effectifs. Actuellement, 950 personnes travaillent à Genève, sur 13 500 collaborateurs. Nous avons la chance de n’être pas obligés de faire les choses dans la précipitation, parce que nous serions dans une situation financière délicate. Nous nous sommes donc entendus en amont avec l’association du personnel sur un plan social. Nous sommes conscients que les changements sont angoissants. Mais les gens qui perdraient leur poste suite à une possible délocalisation de leur service partiront avec des conditions favorables.

– Quels services seront-ils délocalisés?

– Uniquement des services de support, informatiques ou administratifs. Depuis une quinzaine d’années, 80 personnes travaillent déjà dans la comptabilité à Manille. Des formations et certaines activités dans la communication sont déjà menées depuis la Russie, l’Egypte, le Kenya ou la Thaïlande. Nous réfléchissons à un nouveau centre de services en Europe de l’Est. Mais le siège du CICR restera à Genève. Un siège fort avec toutes les fonctions les plus stratégiques: la gestion des crises, comme pour nos trois otages en Syrie qui, lundi, seront détenus depuis exactement une année, la conduite globale et régionale de nos opérations ou notre travail diplomatique et juridique relatif au droit humanitaire.

– La réduction des coûts du siège est-elle une exigence de vos donateurs?

– Non. Nous avons décidé de le faire avant qu’ils ne nous le demandent. Nous voulons aussi agir avant que nous ne soyons obligés de le faire. Cette année encore, nos donateurs traditionnels, les Etats-Unis, la Suisse ou les pays scandinaves, ont une fois de plus répondu présent. Notre souci consiste plutôt à convaincre d’autres pays, comme nous l’avons fait avec le Koweït. J’ai bon espoir avec la Chine et la Russie, mais cela va prendre du temps.

– L’enjeu n’est-il pas aussi d’inciter les collaborateurs du siège de retourner sur le terrain?

– Oui et non. Pour certains postes, cela n’aurait aucun sens. Nous avons surtout besoin de gens expérimentés pour les missions les plus exposées, des postes pour lesquels il n’est pas possible d’amener sa famille. Donc ce mouvement peut s’avérer difficile. A l’inverse, environ 20% des positions au siège sont réservées aux gens qui viennent des missions, pour que eux aussi puissent faire carrière à Genève. Si les employés du siège restent majoritairement Suisses, le CICR compte aujourd’hui 126 nationalités différentes, deux fois plus qu’il y a dix ans. Cela répond aussi à des impératifs pratiques. En Irak, nous avons dû retirer tous les délégués des pays de la coalition contre l’Etat islamique, par précaution contre les enlèvements.