Pas facile en ce moment de joindre la centrale téléphonique d’une compagnie aérienne. Sans doute pour réduire ses coûts, Finnair a supprimé son bureau de Shanghai pour ne conserver qu’un standard téléphonique. Il a explosé ces jours-ci. Miracle toutefois ce matin: une standardiste décroche à nouveau son combiné, et la, surprise, un siège réserve à mon nom m’attend pour le vol Shanghai-Helsinki de vendredi. Pour le retour sur Genève, cela reste toutefois moins clair. Le temps de décommander une réservation sur un autre vol prévu comme un plan B et c’est presque le retour à la normale. Finalement ce contretemps n’aura duré que quelques jours… et coûter beaucoup d’argent pour certains. Ainsi, cet homme d’affaire qui a acheté dimanche dernier un ticket en première classe pour 10’000 francs sur un vol qui a été annulé le surlendemain. Ou encore ces milliers de touristes obligés de prolonger des séjours dans des hôtels surbookés et au prix fort à la veille de l’inauguration de l’Exposition universelle. Le consul de France a lancé un appel de solidarité à ses ressortissants pour loger des concitoyens en rade.

Puisqu’on parle de solidarité, c’était donc hier journée de deuil national en Chine pour les victimes du tremblement de terre du Qinghai. Drapeaux en berne, bureau politique du comité permanent du parti communiste chinois filmé en train de se recueillir pour une minute de silence, programmes tv entièrement consacrés à l’événement avec les chaînes provinciales relayant le programme du canal central numéro 1. Le message était clair, avec cette paraphrase de Kennedy: «Tous les Chinois sont des Yushuren» (ressortissants de Yushu, l’épicentre du tremblement de terre). Une seule chaîne dérogeait à la règle hier soir, celle en anglais, pour les étrangers, qui consacrait une émission au Traite de Versailles et a l’humiliation infligée à la Chine avec des territoires cédés au Japon. Union nationale dans l’adversité et humiliations étrangères ressassées demeurent les deux mamelles de la propagande nationaliste du régime communiste.

J’ai demandé à une amie shanghaienne qui nourrissait ses poissons rouges si elle avait fait un don pour les enfants de Yushu. «Non. Mais pourquoi ne mangent-ils pas ces poissons?» Nous avons ensuite discuté de la taille des boulettes de nourriture qui étaient probablement trop grandes pour ce type de poissons. Nous avons conclu qu’il serait avisé de concasser lesdites boulettes pour les réduire en poudre et les rendre plus aisée à la digestion de ces animaux de compagnie.