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Ciel! Un drone de CNN sur ma tête

C’est nouveau: les autorités américaines autorisent la chaîne à tester ce nouveau vidéojournalisme pour couvrir l’actualité, alors que la législation est jusqu’ici très restrictive. Amazon et Google sont sur les starting-blocks

Tous les médias ont repris hier les splendides images aériennes réalisés au-dessus de Paris par l’Agence France presse pendant la manifestation monstre de dimanche de protestation contre les attentats - de quoi comprendre l’expression d’une rue «noire de monde»: la distance faisait ressortir la compacité de la foule, les places prises d’assaut, l’immobilité due à une affluence extrême.

Ces photos ont été prises d’un hélicoptère de la sécurité civile, à bord duquel l’AFP avait pris place. Et si les médias pouvaient à volonté prendre leurs propres images de compétitions sportives, de manifestations, ou de faits divers?

Les images filmées par hélicoptères de courses poursuites entre gendarmes et voleurs sont très populaires aux Etats-Unis – on se souvient que l’affaire OJ Simpson par exemple avait commencé médiatiquement par une chasse à l’homme filmée depuis le ciel. Mais cela coûte cher, demande une organisation lourde, et peut être dangereux. En 2007, deux hélicoptères filmant la même course-poursuite dans le Nevada étaient rentrés en collision en faisant plusieurs morts (la scène avait d’ailleurs été filmée par un 3e hélicoptère…) Et l’année dernière encore à Seattle, un hélicoptère partant filmer s’est crashé, faisant deux morts.

Nouveaux angles, compréhension différente d’un événement, isolation de détails invisibles depuis le sol, prise d’images instantanée et sans danger – on pense aux catastrophes naturelles, à certaines émeutes: l’usage de drones est potentiellement une mine de nouvelles informations, c’est pourquoi CNN est si fière d’avoir réussi à conclure un accord avec l’Agence fédérale américaine de l’aviation (FAA) pour tester l’usage des drones à des fins journalistiques, a-t-elle annoncé dans un communiqué lundi.

«Notre objectif est d’obtenir des équipements supérieurs» à ce qui existe actuellement dans le civil et «de mettre à plat les options qui s’offrent à nous pour produire un vidéojournalisme de qualité, utilisant toute une gamme d’UAV (véhicule aérien sans pilote ou drone, ndlr) et d’installations caméras», selon David Vigilante, un dirigeant de CNN cité dans le communiqué. Les tests seront faits en partenariat avec l’université de Georgia Tech.

C’est une petite révolution. Au départ surtout d’usage militaire, l’utilisation privée de ces petits aéronefs sans pilote est jusqu’ici quasi interdite aux Etats-Unis, sauf exceptions et à basse altitude (moins de 122 mètres, loin des aéroports), au grand dam des médias qui dénoncent une législation américaine beaucoup plus restrictive qu’ailleurs – le site de geeks Gizmodo pointe ainsi la «vitesse de tortue» de l’administration sur le sujet (alors qu’une Association de drones-journalistes existe depuis 2011!).

Or des géants comme Google et Amazon planchent depuis longtemps sur le sujet. Amazon avait créé l’étonnement en annonçant qu’elle voulait développer la distribution par drones à domicile de ses produits:

Mais il y a moins d’un mois, la firme a écrit aux autorités en menaçant de déplacer sa recherche en dehors des Etats-Unis, une lettre largement diffusée. Amazon attend toujours la réponse à ses demandes d’autorisation déposées en bonne et due forme; d’autres sociétés n’ont pas eu ces finesses et ont entamé d’elles-mêmes des essais dans le désert du Nevada.

Cela fait des mois que la FAA promet de publier des règles d’utilisation, mais les autorités ont été très réticentes jusqu’ici, craignant une augmentation des risques de collisions, ou des interférences avec le trafic aérien, plus que des atteintes à la vie privée. Quelque 193 cas de vols de drones près d’un avion ont été enregistrés par la FAA du 22 février au 11 novembre 2014, rappelle l’AOPA, une association de pilotes, sur son site.

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