Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
(David Wagnières)
© David Wagnières / Strates

Explication

Cinq choses à savoir sur le Prix Nobel de la paix

Pas très féminins, très occidentaux, et parfois polémiques. Que sait-on des lauréats du prix Nobel de la paix? Nos explications, avant l'annonce de ce vendredi.


1. La Suisse a été dix fois au palmarès

Merci Alfred: les jurés du Nobel ont beaucoup fait pour renforcer et diffuser l'image de la Suisse, patrie de la résolution des conflits. La Confédération a même inauguré le prix, une curiosité à l'époque: la physique, la médecine, la littérature, on connaissait: mais la paix? C'est Henri Dunant, fondateur de la Croix-Rouge, qui fut couronné le premier, en 1901, en compagnie du Français Frédéric Passy.

Ont suivi les secrétaires du Bureau international permanent de la paix (1902), le Bureau lui-même (1910), le Comité international de la Croix-Rouge (1917, 1944 et 1963, un record), l'office Nansen pour les réfugiés (1938), le HCR (1954 et 1981) et Médecins sans frontières (1999). Au total, le message pacifiste de la Confédération a été salué dix fois par les jurés norvégiens. 


 2. Les lauréats sont tous sortables, mais parfois controversés  

Non, il n'y a pas de cadavre immontrables dans les placards du prix, ni Mussolini, ni Hitler, ni Staline n'ont reçu le Prix (même si tous ont été proposés par des parlementaires de leurs pays). Certains noms cependant ont fait sursauter dans les chancelleries, parce qu'ils étaient partie prenante de guerres meurtrières, même s'ils ont aussi contribué à y mettre fin: 

Le Duc Tho. Le général vietnamien qui a mené la guerre puis négocié sa fin avec les Etats-Unis a refusé son prix, qu'il a reçu conjointement avec Henry Kissinger, le secrétaire d'Etat américain, en 1973, également controversé. 

Yasser Arafat, Shimon Peres et Yitzhak Rabin. Les leaders palestinien et israéliens, chefs de guerre, ont été distingués en 1994 pour «leurs remarquables avancées dans les négociations de paix entre Israël et la Palestine».

Lire: «La colombe et la paix», éditorial du Journal de Genève (16.10.1994) 

A l'inverse, certaines absences sont criantes dans le palmarès d'Oslo: Gandhi n'a jamais été récompensé. Le père de l'indépendance indienne a bien été proposé au comité en 1937, 1938, 1939, 1947 et 1948. Mais cette année-là, le comité n'a pas attribué de prix, estimant qu'aucun candidat ne faisait l'affaire (c'est arrivé une dizaine de fois, sans compter les périodes des deux guerres mondiales). Quelques jours plus tard, Gandhi était assassiné.


3. Ce prix est de plus en plus politique et objet de polémiques

Le Comité Nobel prit pour la première fois une position ouvertement politique, se mêlant des affaires du monde, en 1938, lorsqu'il récompensa, à la suite d'une intense campagne de presse et de débats très vifs le journaliste pacifiste allemand Carl Ossietzky, opposant de Hitler, à l'époque en camp de concentration.

Considérer des militants des droits de l'homme comme des faiseurs de paix: la tendance s'installe après la 2e Guerre Mondiale, avec les prix décernés à Martin Luther King (1964), Sakharov (1975), Lech Walesa (1983) ou Desmond Tutu (1984). Donner la récompense suprême à Aung San Suu-Ky était un geste très politique en 1991, et ce signe tangible que le monde observait la Birmanie a favorisé la décrispation du régime militaire.

Contrecoup de cet engagement politique: les prix font de plus en plus polémique. Décerner la plus prestigieuse récompense du monde à Koffi Annan en 2001 malgré son impuissance à arrêter le génocide du Rwanda, ou à Barack Obama dès 2009, un an seulement après son entrée en fonctions, a suscité beaucoup de critiques. 

Pour protester contre le choix du militant des droits de l'homme chinois Liu Xiaobo en 2010, Pékin met en place son propre «prix Confucius pour la paix». Certains ont d'ailleurs vu une main chinoise derrière la démission prématurée du président du jury du Nobel, au début de cette année, peut-être un geste de bonne volonté de la part d'Oslo.

Lire: Le président destitué: pourquoi ce séisme au Nobel de la paix?


4. Pour être Prix Nobel de la paix, mieux vaut être un homme 

Répartition hommes/femmes, de 1901 à 2014

La route fut longue: la première femme lauréate du prix, l'Américaine Jane Addams, présidente de la Ligue internationale des femmes pour la paix, dut être proposée 91 fois avant de finalement être choisie, en 1931, avec un autre pacifiste américain.

La féminisation du Prix est un phénomène récent: avant Mère Thérésa en 1979, seule cinq femmes avaient été reconnues par les députés norvégiens. 

En 2015, le benjamin du Prix est une benjamine. Malala Youszafai, la jeune Pakistanaise militante du droit à l'école avait 17 ans quand elle reçut le prix en 2014. 


5. Pour être Prix Nobel de la paix, mieux vaut être un Occidental  

Répartition des prix Nobel de la paix, 1901-2014

Avec 23 lauréats, ce sont les Etats-Unis qui arrivent en tête du palmarès. 


Bonus: Les pronostics pour cette année

Cette année, 273 candidatures ont été proposées, dont 68 pour des organisations. La liste des personnes ou organisations proposées reste normalement secrète pendant 50 ans.

Parmi les favoris des bookmakers: la chancelière allemande Angela Merkel (pour son accueil des migrants), le pape François (pour son combat de longue date pour les pauvres et la démocratie, et son rôle dans le rabibochage entre Cuba et les Etats-Unis).

Parmi les outsiders: le gynécologue congolais Denis Mukwege («L'homme qui répare les femmes»), le politologue américain Gene Sharp (père de la non violence politique 2.0), le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif et son homologue américain John Kerry (qui ont négocié l'accord sur le nucléaire iranien), les auteurs du cessez-le-feu en Colombie entre l'Etat et les FARC, Juan Manuel Santos et Timoleón Jiménez, ou encore le lanceur d'alertes Edward Snowden.

Et le prêtre catholique érythréen Mussie Zerai, cet ange-gardien des migrants, et... installé en Suisse.      

 

Publicité
Publicité

La dernière vidéo monde

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

Cela faisait 5 ans que le pays adepte des grandes démonstrations de force n'avait plus organisé ses «jeux de masse», où gymnastes et militaires se succèdent pour créer des tableaux vivants devant plus de 150 000 spectacteurs. Pourquoi ce retour?

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

n/a