Chine

Depuis cinq mois au plus près des manifestants hongkongais, un Suisse témoigne

Marc Progin vit depuis quarante ans à Hongkong. Depuis le début du mouvement de contestation, il est dans la rue avec les manifestants pour les photographier. L’ancien horloger neuchâtelois estime qu’il faut témoigner au moment où, en Europe et en Suisse, plus personne n’ose critiquer la Chine

Marc Progin pourrait tranquillement écrire ses mémoires, trier ses images, aider sa femme à la librairie, se balader dans les collines de Hongkong ou préparer son prochain voyage en Mongolie. Au lieu de cela, chaque fin d’après-midi, le Neuchâtelois jette un sac à dos sur ses épaules avec deux téléobjectifs, des lunettes de ski et un masque à gaz. «Ciao Madeline, j’y vais.» «Sois prudent», répond-elle. A 74 ans, son mari repart sur le front des manifestations à pied, en métro ou en voiture, et rien ne l’arrêtera.

A chaque manif, on peut voir sa silhouette, svelte, en mouvement, et sa tignasse poivre et sel se mêler à l’action pour saisir au plus près ces foules qui secouent Hongkong et défient Pékin depuis le mois de juin. On l’avait croisé une première fois en août, sur l’île, en marge d’une mobilisation de plus d’un million de personnes déambulant pacifiquement. Les marcheurs l’aidaient pour qu’il témoigne, en tenant son parapluie, ou en le soutenant lorsqu’il enjambait une balustrade d’autoroute, pour prendre des photos en surplomb. On l’a revu en octobre, à Kowloon, piquer des sprints lorsque la police tirait ses premières salves de gaz lacrymogène, des jeunes le saluant au passage. Il est là «où cela se passe», à bouffer du gaz, à avaler les kilomètres, à l’affût.