proche-orient

La Cisjordanie en état d’alerte

Les colons de Cisjordanie protestent contre la demande d’adhésion d’un Etat palestinien à l’ONU. Création de milices armées, centre d’alerte: la riposte se met en place

«Les marches de la souveraineté». C’est ainsi que les colons de Cisjordanie ont baptisé les manifestations qu’ils projettent d’organiser dans le courant de la semaine pour protester contre le dépôt de la candidature de la Palestine à l’ONU.

Officiellement, ces manifestations sont organisées par «Israël cheli» (Mon Israël), une ONG de droite qui vient de lancer une campagne nationale pour l’annexion de la Cisjordanie par l’Etat hébreu. Mais des ultras se joindront également aux cortèges. Entre autres, ceux de la «Jeunesse des collines», spécialisée dans la destruction de plantations palestiniennes et dans la désacralisation de mosquées, ainsi que le fier-à-bras du «Kach», une organisation fascisante comptant un député à la Knesset. Attendue également, la délégation de la Ligue de défense juive (LDJ), un mouvement français d’extrême droite réputé pour ses opérations musclées et dont les membres les plus motivés se sont installés en Cisjordanie pour quinze jours.

Mardi, plusieurs centaines de colons de Kyriat Arba, dans la banlieue d’Hébron, de Beth El, près de Ramallah, et d’Itamar (banlieue de Naplouse) ont d’ailleurs défilé contre l’«imposture palestinienne» et contre Mahmoud Abbas, qui prônerait selon eux une Palestine «judenrein» (sans juifs), selon l’expression utilisée il y a 70 ans par les nazis. Quelques heures auparavant, plusieurs oliveraies palestiniennes avaient été saccagées et quelques vitres cassées. Un avant-goût de ce qui risque de se produire à plus grande échelle pour «accompagner» les débats de l’ONU.

Ces derniers mois, estimant que les manifestations civiles planifiées pour fêter le dépôt de la candidature de l’Autorité palestinienne (AP) à l’ONU pourraient dégénérer en émeute, l’armée israélienne a renforcé l’entraînement des «Kitot konenout», les milices armées composées de colons, disponibles à la moindre alerte. Surtout celles des implantations situées à proximité des grandes villes palestiniennes. Nom de code de l’opération, comprenant la mobilisation et le déploiement de réservistes en Cisjordanie: «Semences d’été». Dans la foulée, les «Vaadeï Am’lakh» (Comités d’armement) ont remis leur matériel en état et commandé des stocks supplémentaires de munitions. «Pour nous, ce mois de septembre est une inconnue, déclare le responsable de la sécurité de Beth El. Il faut se préparer à tout et surtout au pire.»

Des plans envisageant aussi bien le déclenchement d’une nouvelle intifada que le blocage des principaux axes de circulation ou le siège d’une colonie par une foule de civils ont été élaborés. Plusieurs types de riposte, de la plus passive à la plus violente, ont également été mis au point. Quant au Ministère israélien de la défense, il a inauguré mardi un centre d’alerte baptisé «Rachel» et qui focalisera son attention sur la «Judée-Samarie», le nom biblique de la Cisjordanie.

Dans certaines implantations telle Hébron, où 500 colons sont installés au milieu de 100 000 Palestiniens, des groupes d’autodéfense financés par des fonds privés de provenance américaine et entraînés par des anciens des unités spéciales de l’Etat hébreu ont été placés en état d’alerte. «Si nous ouvrirons le feu sur les Arabes?» «Sans hésiter», a déclaré l’un de ces miliciens interviewé anonymement par Kol Israël, la radio publique. Des propos à prendre au sérieux, puisqu’un colon a tiré le 9 septembre sur des villageois palestiniens qui tentaient d’empêcher une razzia sur leurs propriétés.

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