Cette semaine aura été l'une des pires qu'a connues le Proche-Orient depuis longtemps. Meurtres d'enfants de part et d'autre, attentats, bombardements et violences qui, surtout, font encore s'accumuler une haine qui n'en finit pas d'annoncer le pire.

Hier, la «Journée de la Terre» – qui commémore la mort, en 1976, de manifestants arabes israéliens protestant contre des expropriations – a été sanglante. Le gouvernement israélien avait tout fait pour désamorcer, à l'intérieur des frontières d'Israël, la charge explosive de cette journée. Ariel Sharon avait rencontré tout ce que le pays compte de leaders arabes israéliens pour les convaincre que leurs problèmes, désormais, vont être pris en compte. Depuis que la police a tiré sur des émeutiers arabes en octobre dernier (13 morts), Israël n'a qu'une crainte: un nouveau soulèvement de sa minorité arabe.

Discrets en Israël, où ils ont laissé les Arabes exercer leur propre service d'ordre, policiers et militaires ont en revanche usé de grands moyens dans les territoires palestiniens. De source palestinienne, il y aurait eu au moins six morts, et les blessés se compteraient par dizaines. Les affrontements les plus durs ont eu lieu à Naplouse et à Ramallah. Répondant à des jets de pierres ou à des tirs, l'armée aurait fait usage d'armes lourdes. La maternité de Ramallah aurait été atteinte plus de cinquante fois.

A Hébron, et même dans la Vieille-Ville de Jérusalem, qui était restée à l'écart de l'Intifada durant des semaines, des affrontements ont éclaté. «La colombe de la paix est morte», disait en une le principal quotidien israélien du pays, sans même attendre les dernières explosions de violence.

De fait, les dirigeants aussi bien israéliens que palestiniens semblent désormais dans une impasse complète. Soumis à la pression des colons et de l'extrême droite, Ariel Sharon donne l'impression de ne pas vouloir les mécontenter, au point que certaines de ses actions peuvent apparaître suspectes. Les parents d'une petite fille de 10 mois tuée à Hébron exerçaient ainsi le chantage suivant: «Occupez un quartier arabe de Hébron, ou nous n'enterrerons pas notre fille». L'armée a bombardé ces derniers jours plusieurs maisons de ce quartier, disant y avoir vu des tireurs palestiniens. Les parents ont accepté d'enterrer leur fille dimanche.

La presse israélienne croit savoir qu'au moment d'établir une liste de cibles à bombarder mercredi, l'armée n'a pu en déterminer que six qui lui semblaient «efficaces». Et encore, quatre d'entre elles avaient déjà été touchées par Tsahal à la fin de l'année dernière. Pressé d'agir, Sharon le fait en diabolisant à l'extrême Yasser Arafat et ses proches, notamment sa Force 17, chargée de sa sécurité rapprochée et qui est accusée désormais de diriger les actions terroristes.

Le chef palestinien, pour sa part, donne l'impression d'être chaque jour moins maître de la situation. Dans toutes les manifestations de rue, c'est désormais le Hamas qui, vociférant des mots d'ordre violents, prend systématiquement l'ascendant. L'organisation islamiste dit avoir encore sept «martyrs» prêts à mourir sur-le-champ.