«Si la paix est conclue un jour, cette région se transformera en paradis pour les hommes d'affaires dans mon genre.» Venu en droite ligne d'Atlanta, le consultant américain Ray William est l'un des 1900participants à la Conférence palestinienne d'investissement organisée du 21 au 23 mai à Bethléem. Un événement sans précédent grâce auquel l'Autorité palestinienne (AP) espère faire décoller son économie. «Vous trouverez ici des investisseurs venus du monde entier. Ce ne sont pas des philanthropes mais des hommes d'affaires avisés. Ils sont venus parce qu'ils recherchent de bonnes opportunités et qu'ils savent qu'ils peuvent en trouver chez nous», déclare au Temps le directeur général de la conférence, Hassan Abou Lideh.

A chacune de leurs interventions devant les conférenciers, le président Mahmoud Abbas et son premier ministre Salam Fayyad insistent sur leur volonté de «créer un marché libre, de soutenir les exportations, et de faire participer la Palestine au mouvement économique mondial». Mais en ont-ils les moyens? Pour l'heure, avec une croissance de 3% en 2007 et un taux de chômage évoluant de 25% en Cisjordanie à 33% à Gaza, la situation de l'économie palestinienne n'est pas reluisante. Elle l'est d'autant moins que la plupart des travailleurs palestiniens relèvent d'une fonction publique entièrement subventionnée par la communauté internationale et que la moindre initiative économique doit recevoir l'approbation de l'Etat hébreu.

En aidant l'AP à organiser la conférence, le Quartette (Nations unies, Union européenne, Etats-Unis, Russie) réaffirme en tout cas son soutien à l'Autorité palestinienne légale. Même Israël s'est mis de la partie puisque son armée a réduit à titre exceptionnel les formalités d'entrée en Cisjordanie.

Hésitations

Bon nombre de participants à la conférence sont cependant conscients que cette détente ne durera pas. Ils hésitent à investir par peur des bouclages israéliens. «Supposons que je commande des coussins à une PME de Naplouse et que l'occupant empêche mon fournisseur de me les envoyer. Qu'est ce que je fais? Comment expliquer cela à mes propres clients», interroge un homme d'affaires norvégien. Incapable d'apporter une réponse claire, Hassan Abou Lideh reconnaît «qu'il reste encore beaucoup d'impondérables» et «qu'il faut demander des assurances aux Israéliens en attendant la conclusion d'un traité de paix». Ce qui ne semble guère convaincre ses interlocuteurs.

Selon les estimations, la conférence de Bethléem devrait attirer 2milliards de dollars d'investissements en Cisjordanie. Cinquante mille emplois indirects devraient également être créés d'ici trois à cinq ans dans les secteurs du tourisme, de l'agriculture, de la communication, ainsi que de la construction. Mardi, l'un des plus gros entrepreneurs qatari a d'ailleurs signé avec une entreprise palestinienne un contrat de 350 millions de dollars portant sur la construction d'un nouveau quartier de 5000 appartements à Ramallah.