Le Temps: Le sommet du G8 va permettre d’en savoir plus sur les intentions des pays les plus riches et des économies émergentes en matière de lutte contre le réchauffement climatique…

Achim Steiner: Je ne m’attends pas à des décisions majeures. En revanche, nous saurons lors de ce sommet si un nouveau leadership politique émerge et si un consensus est à portée de négociations. Je pense aux Etats-Unis et à la Chine. L’administration Obama a pris un tournant plus dramatique, et Pékin est en train de mettre en œuvre une vraie révolution «verte». La Chine est le premier producteur mondial d’énergie éolienne devant l’Allemagne. La croissance de la part des énergies renouvelables y est la plus forte du monde. Le défi, pour l’Europe, consiste maintenant à trouver un terrain d’entente avec Washington pour satisfaire les demandes des économies émergentes. Le monde industrialisé doit prendre ses responsabilités.

– L’UE, justement, est en première ligne. La présidence suédoise parviendra-t-elle à arracher aux Vingt-Sept les concessions nécessaires d’ici à la conférence internationale de Copenhague en décembre?

– L’UE est aujourd’hui dans la position du joueur qui, après avoir annoncé sa mise, rechigne à dévoiler son jeu. Toute la difficulté, pour la Suède qui a promis de faire le maximum pour obtenir un accord à Copenhague, va donc consister à obtenir des Vingt-Sept qu’ils abattent vite leurs cartes nationales. L’UE a été une incontestable locomotive dans la lutte contre le réchauffement climatique. Mais les divergences restent vives sur la clé de répartition des réductions d’émissions de gaz à effet de serre. La seule façon de débloquer ce dossier est que les citoyens européens s’en mêlent. L’enjeu climatique doit devenir l’affaire de l’opinion publique.

– L’argent manque pour financer les promesses. N’est-il pas temps de donner la parole aux financiers plutôt qu’aux scientifiques?

– Non. Les scientifiques doivent rester car leurs évaluations sont le seul critère d’action. La science, par exemple, nous dit que le fait de limiter le réchauffement climatique à 2 degrés d’ici à 2020 n’est plus suffisant. Nous avions sous-estimé le caractère non linéaire des bouleversements climatiques. Mais vous avez raison, les Ministères des finances doivent maintenant s’engager. Le chiffrage des opportunités économiques que recèlent les technologies vertes doit être aussi accéléré. Ce qu’il faut surtout éviter, c’est de jouer la montre. Copenhague démontrera si nous avons, ou non, protégé du désastre les futures générations.