«Je pense que les Grecs devraient commencer par s’entraider collectivement», en «payant tous leurs impôts», a expliqué Christine Lagarde dans cette interview publiée par le quotidien britannique The Guardian, en référence aux problèmes d’évasion fiscale que connaît le pays.

Comme on lui demandait si elle songeait aux difficultés quotidiennes rencontrées par les Grecs, elle a répondu: «En ce qui concerne les Grecs, je pense aussi à tous ces gens qui essaient tout le temps d’échapper aux taxes». Elle a souligné qu’elle avait «autant» à l’esprit ceux qui, en Grèce, étaient privés de services publics que ceux qui ne payaient pas leurs impôts.

«Je pense plus à ces jeunes enfants dans un petit village du Niger qui vont deux heures par jour à l’école, partageant une chaise pour trois, et qui rêvent d’avoir une bonne éducation. Je pense à eux tout le temps. Car j’estime qu’ils ont encore plus besoin d’aide que les gens à Athènes», a poursuivi la patronne du FMI, réaffirmant que le Fonds n’avait pas l’intention d’adoucir les termes du plan de rigueur imposé à la Grèce.

■ La présidente du Medef Laurence Parisot: «Il est dangereux de s’adresser aux Grecs comme l’a fait Christine Lagarde»

«Je crois qu’il ne faut pas s’adresser aux peuples comme ça, et notamment en ce moment au peuple grec, qui est victime d’une situation effroyable», a déclaré la présidente du patronat français au Grand Jury RTL/Le Figaro/LCI.

«Ce qui compte aujourd’hui, c’est de les aider, ce n’est certainement pas de les humilier encore plus, de les culpabiliser encore plus, de les enfoncer d’une manière ou d’une autre», a-t-elle souligné.

«Non seulement cela ne sert à rien de s’adresser comme Christine Lagarde l’a fait, je pense même que ça peut avoir des effets très dangereux», a-t-elle estimé.

«Il y a des choses qu’on ne dit pas dans sur un pays qui est tenté par les extrémismes en ce moment, et notamment par une extrême-droite très dangereuse», a-t-elle souligné.

«S’il y a un problème de l’Etat grec qui n’arrive pas à collecter les impôts (...) demandons-nous plutôt comment nous Européens nous pourrions aider les Grecs à structurer leur Etat, à former leur personnel administratif», a-t-elle proposé.

Elle a déclaré par ailleurs que «la Grèce doit rester dans l’euro», au risque sinon d’une «déstabilisation générale».

■ François Bayrou, chef du MoDem, juge les propos de Christine Lagarde «extrêmement choquants»

«J’ai trouvé les propos de Christine Lagarde extrêmement choquants parce qu’elle a mis en accusation le peuple grec comme si il était coupable et responsable», a expliqué François Bayrou sur France Inter.

«Il y a, dans la société grecque, dans le pouvoir grec et son organisation, des responsabilités mais il n’est pas vrai que ce soit le peuple grec qui soit responsable de ce qui lui arrive. Il a été entraîné dans un aveuglement, il avait un bandeau sur les yeux et on lui a fait croire qu’on pouvait continuer à vivre en empruntant», a estimé le patron du MoDem.

«Mais, a-t-il souligné, il n’est pas le seul peuple en Europe à qui on ait mis un bandeau sur les yeux et à qui on ait raconté qu’on pouvait continuer à vivre en s’endettant».

«C’est pourquoi j’ai trouvé que le Fonds monétaire international et Christine Lagarde devraient s’exprimer de manière différente pour des peuples en souffrance. Je n’aime pas qu’on mette les peuples, et les plus fragiles, en cause. Ce sont eux qui paient les pots cassés des crises que d’autres ont décidées. Les gouvernements grecs de gauche et de droite sont éminemment responsables de la situation qui a été créée», a-t-il conclu.

Le gouvernement français critique la vision «caricaturale et schématique» de Christine Lagarde sur les Grecs

«Je le trouve (son point de vue) un peu schématique et caricatural. J’estime qu’aujourd’hui, il n’y a pas de leçon à donner» à la Grèce, a déclaré la porte-parole Najat Vallaud-Belkacem sur la chaîne Canal Plus.

Le chef du parti socialiste grec Evangélos Vénizélos estime que Christine Lagarde a «insulté» les Grecs

Le chef du parti socialiste grec Evangélos Vénizélos a estimé que la directrice du Fonds monétaire international Christine Lagarde avait «insulté» les Grecs en leur demandant de payer leurs impôts, rapporte dimanche la télévision grecque.

«Personne ne peut humilier le peuple grec pendant la crise, et je m’adresse en particulier à Mme Lagarde (...), qui avec son expression a insulté les Grecs», a-t-il déclaré tard samedi soir.

«Je l’appelle à revoir et à repenser ce qu’elle a voulu dire», a ajouté M. Vénizélos, dont le parti a mis en oeuvre le programme d’austérité dicté par le FMI, l’UE et la BCE en échange de leur soutien financier.

■ Le chef du parti de la gauche radicale grecque Syriza, Alexis Tsiprasras : «les travailleurs grecs paient leurs impôts»

Alexis Tsiprasras a apporté sa voix dimanche au concert de critiques contre la patronne du FMI, lui répondant que les Grecs ne cherchaient pas sa «sympathie» et que «les travailleurs grecs paient leurs impôts».

Après «les récentes déclarations de Mme (Christine) Lagarde, la dernière chose que l’on cherche en Grèce est sa sympathie», a déclaré dans un communiqué le leader du Syriza, réagissant aux propos tenus la veille par Mme Lagarde.

Le parti, propulsé à la deuxième place de l’échiquier après le vote anti-rigueur du 6 mai, est opposé au programme d’austérité réclamé par les créanciers de la Grèce, dont fait partie le FMI, et entend renégocier les termes du contrat passé avec eux en échange de prêts.

«Les travailleurs grecs paient leurs impôts», qui sont très lourds et même «insupportables», a assuré M. Tsipras.

Samedi soir, devant le tollé généré par ses propos, Mme Lagarde s’est montrée plus conciliante, se disant «très compatissante à l’égard des Grecs et les défis qu’ils relèvent». Les propos de Mme Lagarde avaient suscité dimanche plus de 8500 commentaires sur sa page Facebook.

Le chef du parti socialiste Pasok, Evangélos Vénizélos, après avoir estimé que les propos de Mme Lagarde avaient «humilié» et «insulté» les Grecs, s’est réjoui qu’elle ait rectifié le tir, car «cela signifie qu’elle a pris en compte une nation fière».

«Concernant l’évasion fiscale, elle devrait se tourner vers (le parti socialiste) Pasok et la Nouvelle Démocratie (conservateurs) pour qu’ils lui expliquent pourquoi ils n’ont pas touché au grand capital et font la chasse au simple travailleur depuis deux ans», a ajouté M. Tsipras qui bénéficie du vote sanction contre ces deux partis qui alternent le pouvoir depuis 1974 et le retour de la démocratie en Grèce.

M. Tsipras, qui est accusé de risquer de précipiter une sortie du pays de l’euro en rejetant les conditions du prêt international consenti à la Grèce par ses créanciers, exclut ce scénario.

Samedi soir, devant le tollé provoqué par ses propos qui ont suscité plus de 7.500 commentaires sur sa page Facebook, Mme Lagarde a publié un message de conciliation adressé à ce pays.

«Je suis très compatissante envers les Grecs et les défis qu’ils relèvent. C’est pourquoi le FMI soutient la Grèce dans son effort pour surmonter la crise en cours», a-t-elle écrit.

■ L’ex-candidat du Front de gauche à l’Elysée, Jean-Luc Mélenchon dénonce les propos «indignes» de Christine Lagarde sur les Grecs

a dénoncé dimanche les propos «indignes» de la directrice générale du FMI Christine Lagarde demandant aux Grecs de payer «tous leurs impôts», suggérant que la Française devrait démissionner.

«De quel droit parle-t-elle de cette façon aux Grecs?», a déclaré M. Mélenchon sur France 3. «Ce sont des propos indignes, s’il y avait une morale politique, Mme Lagarde devrait s’en aller du poste qu’elle occupe».

«Pourquoi ne dit-elle pas: ce sont les armateurs, c’est à dire les capitalistes, qui doivent payer leurs impôts, alors qu’ils ne les paient pas?», a ajouté le patron du Front de gauche, qui a reçu mardi à Paris son homologue grec Alexis Tsipras, favori des élections en Grèce le 17 juin.

■Le député UMP des Yvelines Jacques Myard dénonce le «cynisme» de Christine Lagarde et «peut-être l’incompétence» de la directrice du FMI Christine Lagarde après ses propos sur le paiement des impôts en Grèce.

«C’est l’euro qui a étranglé l’économie grecque!», écrit l’élu des Yvelines dans un communiqué.

«Voilà pourquoi, Mme Lagarde, vos commentaires sur les Grecs dépassent largement l’insulte du propos et traduisent, peut-être votre incompétence pour comprendre les raisons de la crise de l’euro, mais plus certainement votre cynisme pour rejeter sur le peuple grec (...) l’échec» de la monnaie unique, poursuit-il.

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