La sortie de Mouammar Kadhafi se préparerait en ce moment même… par les siens. Deux de ses fils, Saïf et Saadi, seraient en train de négocier une transition vers une démocratie constitutionnelle, pilotée par Saïf al-Islam lui-même, a rapporté dimanche soir le New York Times qui cite un diplomate et un officiel libyen.

Signe d’éclatement du clan Kadhafi ou, au contraire, de stratégie familiale concertée? «L’étau se resserre autour de la famille, alors celle-ci tente de jouer la carte diplomatique, analyse Hasni Abidi, directeur du Centre européen de recherche sur la Méditerranée et le Moyen-Orient (Cermam) à Genève. C’est Saïf al-Islam qui s’en charge car il dispose de nombreux relais aux Etats-Unis et à Londres. Il prend au vol l’opportunité offerte par la réunion diplomatique qui s’est déroulée mardi dernier dans la capitale britannique pour faire une offre de services, car il veut sauver sa peau, sachant que son nom figure sur une liste de personnes visées par des sanctions internationales.»

La famille Kadhafi se retrouve de plus en plus isolée après plusieurs défections de personnalités fortes du régime, dont celle de Moussa Koussa, ministre des Affaires étrangères. A Londres, un émissaire du pouvoir, Mohamed Ismail, avait déjà proposé que Saïf al-Islam prenne le relais de son père à la tête de la Libye. Un scénario qui est exclu par les membres de la coalition.

Rien ne permet toutefois d’affirmer que Mouammar Kadhafi ait accepté le plan de sortie élaboré par ses fils. La famille a en effet souvent été parcourue de dissensions par le passé. Muatassim Kadhafi, conseiller à la sécurité nationale et aux commandes de sa propre milice, a par exemple longtemps été considéré comme un rival de son frère Saïf al-Islam. Des notes diplomatiques de 2009 publiées par WikiLeaks attestent de ces tensions. Ainsi, après que Muatassim a accompagné son père lors d’une visite en Russie pour négocier de gros contrats de ventes d’armes, les frères ne se sont plus adressé la parole pendant trois mois.

Saïf al-Islam a longtemps fait figure de modéré et de successeur pressenti à son père. En 2007, il avait proposé un programme de réformes portant sur la liberté de la presse et l’élaboration d’une Constitution. Mais il s’est alors heurté à la réticence de l’aile dure du régime. En 2002, il affirmait que la Libye était sur le chemin de la démocratie: «C’est la politique numéro un pour nous. Première chose, démocratie, deuxième chose, démocratie, troisième chose, démocratie.» Mais, aux premières heures du soulèvement populaire, il se range aussitôt dans le camp de la répression et promet une «guerre civile» et des «rivières de sang».

«Ce sont tous des criminels de guerre, a réagi un porte-parole des insurgés dans la ville rebelle de Misourata, cité par l’AFP. Parler d’une telle transition est une humiliation pour le peuple libyen libre et tous les martyrs de la liberté. Nous ne voulons plus voir ce criminel et sa famille sauf derrière les barreaux.»

Une transition menée par Saïf al-Islam ou n’importe quel autre membre de la famille «est improbable, poursuit Hasni Abidi. Ils vont probablement proposer bientôt une autre sortie, plus acceptable pour l’opposition, comme un départ avec conditions».

Un second émissaire libyen, le vice-ministre des Affaires étrangères, Abdelati Laabidi, s’est pour sa part rendu en Turquie, en Grèce puis à Malte pour présenter une «solution» à la crise, avancée par le colonel Kadhafi. Il s’agirait toujours d’un simple cessez-le-feu. L’Italie, qui vient à son tour de reconnaître le Conseil national de transition comme seul interlocuteur «légitime» estime que ce geste n’est pas crédible. Quant à l’opposition, elle refuse d’entendre parler d’une trêve aussi longtemps que les troupes fidèles au colonel ne se seront pas retirées des villes reprises à la rébellion.