Evasion fiscale

Le clan Le Pen abonné aux circuits financiers opaques

Le fondateur du Front national se retrouve au cœur du scandale des «Panama Papers» publiés par 106 journaux. Via la Suisse, et derrière des prête-noms, une partie de sa fortune serait hébergée dans ce paradis fiscal

Jean-Marie Le Pen va-t-il rejoindre, à 87 ans, le bataillon des «ripoux» de la politique française? Même s’il les conteste vigoureusement, le fondateur du Front national se retrouve en position d’accusé, après les révélations le concernant dans les «Panama Papers», cet énorme stock de données juridico-financières en provenance du cabinet d’avocat panaméen Mossack Fonseca. D’autres données révèlent que des proches de Marine Le Pen, l’actuelle présidente du FN et candidate déclarée à la présidentielle de mai 2017, auraient utilisé des sociétés écrans panaméennes pour dissimuler des avoirs financiers et camoufler des transferts de fonds au départ de la France. Le parti d’extrême droite fait déjà, depuis septembre 2015, l’objet d’une mise en examen pour pratiques financières illicites, dans le cadre du financement des campagnes présidentielles et législatives de 2012.

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Selon les documents remis au Consortium international des journalistes d’investigation (ICJ), le vieux leader d’extrême droite, grand dénonciateur de la collusion entre les élites politiques hexagonales et le capitalisme mondialisé, serait le bénéficiaire réel d’environ 2 millions d’euros détenus en cash, titres et or, par la société offshore Balerton Marketing connue du cabinet d’avocats caribéen. Une accusation assurée de relancer, trois mois après le score électoral record du FN aux élections régionales (près de 30% des voix), les soupçons sur la fortune familiale cachée du clan Le Pen, dont une partie du patrimoine provient de l’héritage de 6 millions d’euros du cimentier ultra-conservateur Hubert Lambert, empoché en 1976 par son exécuteur testamentaire et héritier: Jean-Marie Le Pen.

La réaction de ce dernier, rejeté depuis 2015 à la marge de son parti d’extrême droite par sa fille Marine, a été aussitôt d’en plaisanter et de crier à la manipulation politique. «Je ne suis pas du tout dans l’affaire des Panama Machin», a-il rétorqué mardi, alors que les principaux ténors du FN défilaient devant les micros et les caméras pour bien marquer la différence entre le patriarche et son héritière, que les sondages donnent déjà qualifiées pour le second tour de la présidentielle.

L’argument du patriarche frontiste, classique pour tous les détenteurs de comptes offshore, consiste à expliquer qu’il n’avait pas de liens avec Balerton, dont le représentant légal serait l’avocat genevois Marc Bonnant (lire entretien), et l’ayant droit Gérald Gérin, un de ses proches. Problème: selon Le Monde qui a publié les «Panama Papers», cette version est contredite par les données du cabinet Mossack Fonseca, et par les notes de l’agence financière française anti-blanchiment Tracfin. Plusieurs allers-retours en Suisse de Jean-Marie Le Pen et de son épouse correspondraient entre autres, selon les enquêteurs, aux transferts financiers entre Genève, le Panama et d’autres paradis fiscaux.

Si ces accusations se vérifient, l’octogénaire qui se présente depuis des décennies comme un redresseur de torts soucieux se redonner le pouvoir au peuple, se retrouverait dans un club peu reluisant de politiciens français abonnés aux affaires d’évasion fiscale et de corruption. Les fichiers des «Panama Papers» ont effet permis d’exhumer, à nouveau, les noms de Jérôme Cahuzac (l’ancien ministre PS du Budget dont le procès reprendra le 5 septembre), Patrick Balkany, maire de droite de Levallois-Perret (mis en examen le 15 janvier pour déclarations mensongères sur son patrimoine), Jean-Noël Guérini (sénateur socialiste marseillais soupçonné d’avoir trafiqué l’attribution de marchés publics). Le président François Hollande a aussitôt promis de nouvelles enquêtes fiscales approfondies.

Le fait que des circuits financiers opaques, impliquant la Suisse, le Panama ou Singapour, aient été utilisés par le clan Le Pen à titre familial, puis par des conseillers de l’actuelle direction du Front national pour contourner les règles de financement de la vie politique vient s’ajouter à la controverse sur l’argent prêté par des banques russes à Marine Le Pen. Le fait que des élus de presque toutes les formations politiques hexagonales soient mentionnés dans les «Panama Papers» pourrait toutefois aussi, inciter les autres partis de gouvernement à ne pas s’en prendre trop ouvertement au FN sur ce terrain décidément très glissant.

Dossier
Le scandale des «Panama Papers», secousse planétaire

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