Etats-Unis

Clandestins: les «villes sanctuaires» se rebiffent contre Donald Trump

Le maire de New York anime la fronde des villes qui refusent de dénoncer les sans-papiers aux autorités fédérales et de les expulser. Il saisira la justice si Donald Trump exécute sa menace de les priver de fonds fédéraux

Bill de Blasio voit rouge. Le maire démocrate de New York le clame haut et fort depuis l’annonce de Donald Trump contre les «villes sanctuaires»: «Nous allons défendre tous les New Yorkais, peu importe d’où ils viennent et quel est leur statut. Nous n’allons pas séparer des familles. Nous n’allons pas laisser des enfants sans leurs parents». «Villes sanctuaires»? Celles qui refusent de dénoncer des clandestins aux autorités fédérales et s’opposent à leur expulsion. New York en fait partie, comme Chicago, Boston, Los Angeles, San Francisco, Berkeley ou encore Oakland. Plus déterminé que jamais, Bill de Blasio est prêt à saisir la justice.

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Mercredi, Donald Trump a signé deux décrets. Le premier, pour lancer la construction d’un mur entre les Etats-Unis et le Mexique et freiner la migration illégale, et le deuxième, pour faciliter l’expulsion des près de 11 millions de sans-papiers vivant déjà aux Etats-Unis, en priorité ceux qui ont commis des délits, qui représentent un danger pour la sécurité publique ou qui ont fraudé pour obtenir des allocations. C’est dans ce décret-là que Donald Trump s’en prend aux «villes sanctuaires»: si elles continuent à protéger leurs clandestins, elles se verront amputées d’une partie des crédits fédéraux. Le décret ordonne également la publication, hebdomadaire, d’une «liste complète» des délits commis par les clandestins. Et de signaler les autorités locales qui ne respectent pas les demandes d’expulsion.

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Pas de quoi décourager Bill de Blasio. Ni Eric Garcetti, maire démocrate de Los Angeles. Tous deux assurent coopérer avec les autorités de l’immigration en cas de crimes graves, mais refusent de devenir des délateurs, ou de pousser la police locale à la délation. La confiance entre la police et la communauté qu’elle sert, y compris les sans-papiers, est essentielle, disent-ils.

«Le président n’a pas l’autorité constitutionnelle pour couper les fonds aux Etats et aux villes seulement parce qu’elles ont agi légalement pour protéger les familles immigrées. […] J’encourage le président Trump à révoquer son décret immédiatement. S’il ne le fait pas, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour le combattre», a assuré Rahm Emanuel, maire de Chicago, lors d’un point presse. Les maires de San Francisco, Berkeley et Oakland sont du même avis. «La Baie de San Francisco s’unit contre la faillite morale représentée par les politiques de la Maison-Blanche qui divisent des familles, nous fait tourner le dos à des réfugiés dans le besoin, et pourrait faire dérailler les efforts de près d’un million de jeunes productifs qui sont sur la voie d’une régularisation et de la citoyenneté», écrivent-ils dans un communiqué commun.

La protection de la Mairie

La voix la plus forte est probablement celle de Martin Walsh, maire de Boston. Lui aussi a tenu à organiser une conférence de presse une fois les intentions de Donald Trump dévoilées. «Que tous ceux qui se sentent menacés aujourd’hui, ou vulnérables, sachent qu’ils sont en sécurité à Boston», a-t-il lancé. Et surtout: «Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour vous défendre. Si nécessaire, nous utiliserons le bâtiment de la Mairie pour protéger quiconque est visé injustement». Plus de 200 villes américaines et 300 juridictions locales revendiquent aujourd’hui le statut de villes sanctuaires.

A ce stade, le décret signé mercredi n’est qu’une déclaration d’intention. Donald Trump n’a pas précisé de combien seraient les coupes budgétaires pour les villes récalcitrantes qui refusent d’appliquer sa politique. Elles pourraient se chiffrer en milliards. New York, par exemple, reçoit près de 10 milliards de dollars de fonds fédéraux en 2017. Mais selon des juristes et le procureur Eric Schneiderman consultés par Bill de Blasio, la totalité des fonds ne pourra pas être légalement suspendue, par simple mesure de rétorsion. Le maire a par ailleurs annoncé que New York «saisira immédiatement la justice» en cas de coupes avérées. Et insiste sur un point: avec environ 160 millions de dollars en moins, la police serait une des premières victimes de la privation de fonds. La lutte contre la criminalité et le terrorisme serait directement affectée, «ce qui est en contradiction totale avec les objectifs de Donald Trump». Prêtes à se battre jusqu’au bout pour protéger les clandestins, les villes sanctuaires n’ont pas dit leur dernier mot.

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