Stupeur et colère généralisées. En annonçant lundi soir, sans le moindre préavis, un vote de confiance au parlement ce vendredi puis la tenue prochaine d’un référendum sur le plan de sortie de crise tout juste conclu à Bruxelles le 27 octobre, le premier ministre grec Georges Papandréou n’a pas seulement consterné ses partenaires européens et plongé les places financières dans l’effroi. Il a aussi pris de court la classe politique grecque, y compris les membres de son propre parti, le Pasok (parti socialiste). Au point que la pérennité du gouvernement Papandréou, réuni à l’heure de mettre sous presse en session d’urgence, est sérieusement mise en question.

Autant les contacts grecs du Temps que la presse à Athènes peinaient à décrypter l’initiative du chef du gouvernement, d’autant plus confondante qu’il ne s’était jamais posé en franc-tireur depuis les prémices de la crise grecque fin 2009. «C’est une surprise pour tout le monde, constatait ainsi un observateur. Personne ne sait ce qui a motivé le premier ministre.» Les médias grecs affirment que même Envagélos Venizélos, le ministre des Finances hospitalisé mardi matin en raison de violentes douleurs abdominales, n’avait pas été informé de ce projet.

Contexte social tendu

Si l’idée d’un référendum a pu flotter ces derniers mois, jamais l’éventualité d’une consultation populaire n’avait officiellement été posée sur la table. Les Grecs n’ont d’ailleurs pas l’habitude d’être ainsi consultés. La dernière fois, c’était en 1974. Après la chute des Colonels, ils avaient massivement choisi d’abolir la monarchie. Une certitude toutefois: l’annonce de Papandréou intervient dans un contexte social tendu à l’extrême par les mesures d’austérités. Au lendemain de l’accord de Bruxelles, la situation s’est encore crispée à l’occasion de la fête nationale du 28 octobre. Son déroulement a été émaillé de violences, notamment à Salonique, où le président de la république Carolos Papoulias a dû quitter la tribune officielle, bombardée par des œufs.

«L’heure est critique pour la Grèce. Pour que les changements nécessaires interviennent, des réformes doivent être mises en place. Papandréou est déterminé, mais il a besoin de mettre chaque Grec face à ses responsabilités et de créer un grand consensus national», estimait hier un diplomate. Son pari semble déjà perdu, avant même la tenue éventuelle d’un référendum, dont tout laisse à penser qu’il serait sanctionné par un non: un sondage signalait ce week-end que seuls 12,6% des Grecs jugeaient positif le plan de soutien européen.

De fait, au sein du Pasok, plusieurs voix en colère se sont fait entendre, pour pousser le premier ministre à la démission, exiger qu’il renonce au référendum ou l’enjoindre à mettre sur pied un gouvernement de «salut national» avant l’organisation de législatives anticipées. Le prochain scrutin n’est officiellement agendé qu’en 2013. Et une députée, Milena Apostolaki, a formellement annoncé sa défection des rangs socialistes, effritant dangereusement la majorité du parti au parlement (dorénavant 152 sièges sur 300), à trois jours du vote de confiance annoncé.

De son côté, alors que les débats parlementaires précédant ce vote doivent débuter ce mercredi, l’opposition parlementaire n’a pas encore arrêté sa stratégie. Les Nouveaux démocrates (85 sièges) rejettent farouchement la perspective d’un référendum et appellent à la tenue d’élections anticipées. Ils pourraient décider ce mercredi de boycotter le parlement en démissionnant collectivement, ce qui précipiterait un tel scrutin, suppute la presse grecque.