Claude Le Coultre: «Les handicapés des pays pauvres ont plus de difficultés»

Question à Claude Le Coultre, présidente du Fonds spécial du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) en faveur des handicapés (FSH).

Alors que se tient ce mercredi la Journée mondiale des personnes handicapées, Claude Le Coultre appelle les pays en voie de développement à un plus grand engagement en faveur de leurs handicapés. 80% des 30 millions de personnes au monde ayant besoin de prothèses ou d'orthèses vivent dans des pays pauvres.

Le Temps: Quelle mission s'est assignée le FSH?

Claude Le Coultre: Le FSH a pour but de venir en aide aux handicapés dans les pays en voie de développement. De par sa présence dans les pays frappés par des guerres, le CICR s'est naturellement occupé des centres de réhabilitations fournissant des prothèses et des orthèses aux victimes de conflits. Lorsque le CICR se retire de ces pays, la gestion de ces centres est reprise en charge par les autorités locales. Elles ne sont pas toujours en mesure de le faire, d'où l'idée du FSH pour les aider à maintenir ces centres. Le FSH participe à la formation de personnels, notamment en offrant des bourses, développe «la machinerie», et vient aussi en aide aux personnes qui n'ont pas les moyens de se déplacer jusqu'aux centres ou de payer leurs prothèses. S'il s'appuie sur le CICR, le FSH est indépendant depuis huit ans. Il assure son budget de manière autonome.

- Combien de centres de réhabilitation soutenez-vous?

- Le FSH intervient dans 62 centres, répartis dans 30 pays qui ont pour la plupart été le théâtre de guerre, mais pas seulement. Il y a d'autres causes au handicap que la violence: le diabète, un ulcère, une fracture mal soignée... Au moins 15000 personnes passent chaque année par nos centres.

- En quoi la problématique des handicapés est-elle spécifique dans les pays pauvres?

- Les handicapés des pays à bas revenus ont plus de difficultés que les autres. Les systèmes d'assurance ne marchent pas, les sécurités sociales sont inexistantes et les autorités n'accordent pas de moyens. Et les victimes ne savent pas forcément qu'elles pourraient avoir accès à des soins, d'autant que le manque de transports peut rendre cet accès difficile.

- Votre budget annuel est de 5 millions de francs. La crise financière menace-t-elle vos financements?

- Une pression va forcément s'exercer sur les ressources et nous nous attendons à une baisse des apports de donateurs dès 2009. Dans le même temps, les besoins vont croissants, il suffit de regarder l'actualité internationale. Et les gens vivent plus longtemps, ce qui implique le renouvellement des appareillages.

C'est pourquoi nous souhaitons que les Etats prennent davantage en compte ces centres et les soutiennent. Notre but à terme est de les rendre autonomes.

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