Quelque 50 000 personnes en quatre jours et plus de 1000 panneaux de bienvenue. Le but: nommer Donald Trump candidat officiel du parti en vue des présidentielles. Après les attaques meurtrières des dernières semaines telles que la tuerie d’Orlando, les mesures sécuritaires de la ville sont proportionnelles aux inquiétudes des dirigeants du pays. La tâche est d’autant plus délicate que la ville reçoit des milliers de manifestants anti- et pro-Trump.

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◼ Un budget de 100 millions de dollars

C’est la somme allouée pour la sécurité durant les quatre jours de convention. L’Etat fédéral prend en charge la moitié de cette somme. Pour le parti républicain, le coût général de cette réunion s’élève à plus de 64 millions de dollars.

◼ Des remparts dressés

Les 5000 participants se rencontrent dans la Quicken Loans Arena. Ce complexe accueille habituellement les matchs de basket de la NBA. Mais cette fois-ci, pas de supporters en vue. Le bâtiment est isolé derrière des grilles de 2,5 mètres de haut et 6 km de barrières métalliques. Il en est de même pour le centre de presse où sont attendus 15 000 journalistes. Au total, une foule de 50 000 personnes. Le bâtiment n’est accessible que sur invitation ou avec une accréditation. De nombreuses rues sont interdites à la circulation.

◼ Des soldats au garde-à-vous

Les forces de l’ordre arpentent les rues. Plus de 5500 policiers sont mobilisés, dont 3000 agents fédéraux et 500 policiers de Cleveland. Quelque 1000 membres du service de sécurité spécialisé dans la protection des personnalités sont également de la partie. La ville annonce avoir acheté 2000 équipements antiémeutes, 2000 matraques télescopiques et 10 000 menottes en plastique jetable.

◼ Des douves pour repousser l’ennemi

8,5 km2 de zone tampon. Dans cet espace qui cerne le lieu de rencontre, personne ne peut manifester. Il est toutefois possible d’obtenir une autorisation mais elle est restrictive. Un seul parcours existe: il passe à 300 mètres de la convention et aboutit à une zone industrielle. Pour l’instant, 58 groupes de manifestants sont autorisés.

Pour éviter le surpeuplement des prisons, le conseil municipal a momentanément changé la loi. Les manifestants qui refusent de se disperser reçoivent une amende de 100 francs au lieu d’être emmenés par la police. Mieux vaut prévenir que guérir: la prison désaffectée de Holmesburg a tout de même été rouverte pour l’occasion. 1000 lits sont prêts en cas d’arrestation massive.

◼ Des véhicules pour sécuriser le périmètre

Aux quatre coins de la ville, camions chasse-neige, véhicules blindés et policiers à cheval protègent le contrefort républicain. Un robot de déminage dernier cri est posté aux abords du complexe. Du ciel de cette ville de 400 000 habitants, des hélicoptères participent aussi à la surveillance.

◼ Des objets interdits, mais les armes à feu autorisées

Armes blanches, pistolets à air comprimé, aérosols, mais aussi glacières, sacs à dos, balles de tennis et bâtons à selfie sont bannis du centre. En revanche, une loi locale de l’Ohio permet le port d’armes à feu visibles sur la voie publique. Cette mesure est temporairement suspendue dans le bâtiment principal. Mais les républicains, qui sont majoritaires dans l’Ohio, tiennent à ce que ce droit soit maintenu dans le reste de la ville.


Notre envoyé spécial: «Des forces de police ultraprésentes»

Impossible de faire dix mètres sans rencontrer un policier qui quadrille la rue. Dans le centre-ville qui a perdu près de 17% de ses habitants entre 2000 et 2010, difficile de distinguer les différentes forces présentes. Il y a les agents du Service de sécurité, harnachés dans leurs volumineux gilets pare-balles. Ainsi que la police montée avec une dizaine de chevaux en embuscade en cas de dérapage. Mais aussi la Cleveland Police, l’Indiana State Police, les State Highway Patrol de l’Ohio et de Californie. Un membre des services de sécurité se confie au Temps: «On est préparé pour le pire, mais on espère le meilleur.»

Sur la place publique où trône une statue du fondateur de la ville Moses Cleveland, différents groupes débattent. Face à un grand bonhomme costaud et blanc, la tension monte. L’homme se considère comme un suprémaciste blanc. En face de lui, une jeune Afro-Américaine s’emporte et demande ce qu’il pense du mouvement antiraciste Black Lives Matter. Il désapprouve. Dans une rue adjacente, les Bikers for Trump viennent d’arriver avec leurs grosses Harley-Davidson. Chris Cox, l’un des fondateurs du mouvement, déclare: «Nous dénonçons les attaques contre la police. Trump sera le candidat qui permettra de restaurer l’ordre.» Certains bikers portent ouvertement une arme comme le leur autorise la loi d’Ohio.

Devant «The Q», la salle omnisports où se déroule la convention, le mélange des genres est stupéfiant. Des ultrareligieux promettent l’enfer à ceux qui pratiquent l’avortement. Au même moment, des lesbiennes s’embrassent en guise de provocation. Pour éviter tout débordement, les forces de police restent ultraprésentes. Pour pénétrer dans «the Q», il faut montrer plus que patte blanche. Au passage du détecteur de métal, les agents de sécurité exigent que les appareils photo soient allumés afin de s’assurer qu’ils servent bien à prendre des clichés. Les ordinateurs sont également en marche, une technique qui rappelle les contrôles effectués par les services de sécurité à l’aéroport de Tel-Aviv. 

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