L’unité du parti. Réunis à Cleveland pour leur premier jour de convention, les délégués républicains se sont appliqués à faire bonne figure dans les premières heures de la grand-messe devant confirmer la nomination de Donald Trump dans la course à la Maison-Blanche.

Toutefois, un groupe de «rebelles» a tenté une dernière fois, lundi après-midi, de compliquer la nomination du milliardaire new-yorkais. Ayant échoué vendredi à convaincre le parti de les laisser «voter en fonction de leur conscience», un euphémisme pour dire contre Trump, ces insurgés ont exprimé leur mécontentement pour ne pas avoir pu s’exprimer lors d’un vote. L’équipe de campagne du tribun new-yorkais et les responsables du parti ont pris des mesures musclées pour couper court à toute rébellion. Les images de délégués s’en prenant avec véhémence aux «dissidents» n’ont pas échappé aux médias du pays, exposant les profondes divisions du Grand Vieux Parti.

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Melania Trump et le côté humain de son mari

Après cet épisode qui a mis en évidence le défi que le candidat républicain devra relever pour unifier le parti d’ici à l’élection présidentielle du 8 novembre, c’est Melania Trump, l’épouse du milliardaire, qui s’est adressée aux 2472 délégués réunis avec plus de 30 000 invités et personnalités.

Présentée par son mari, qui, selon la tradition, n’aurait dû apparaître que jeudi, elle a voulu montrer le côté humain du tribun new-yorkais et prouver qu’il «aime beaucoup son pays». Future First Lady si Donald Trump devait gagner la présidentielle, cette Américaine de 46 ans d’origine slovène a parlé de ses valeurs, inculquées par ses parents, fondées sur le travail, le respect de l’autre et de la parole donnée. Elle n’a pas oublié de rappeler qu’en tant que mannequin, elle avait roulé sa bosse à travers le monde, vivant tantôt à Milan et à Paris avant de s’établir à New York.

Naturalisée américaine en 2006, elle a recouru à l’hyperbole pour décrire le sentiment d’être Américaine: «C’est le plus grand privilège sur la planète Terre.» Elle a souhaité aussi relever le caractère loyal de Donald Trump envers sa famille, ses employés, ses parents et ses frères et sœurs. Un sentiment que ne partagent pas tous les employés et sous-traitants qui ont travaillé avec le milliardaire, notamment pour construire son empire de casinos à Atlantic City dans le New Jersey. Certains ont subi de plein fouet la faillite de plusieurs établissements appartenant au magnat de l’immobilier.

Melania Trump a néanmoins accompli sa mission, sans panache mais sans bavure non plus. Si son mari devait accéder à la Maison-Blanche, ce serait la première fois depuis la présidence de John Adams qu’un président serait marié à une femme d’origine étrangère.

Benghazi pour fustiger Hillary Clinton

Avant le discours de celle qui pourrait devenir First Lady, le Parti républicain a fait défiler à la tribune une série de personnalités qui sont intervenues sur le thème «faire à nouveau de l’Amérique un pays sûr». Deux survivants de l’attaque terroriste sur le consulat américain de Benghazi en Libye, le 11 septembre 2012, John Tiegen et Mark Geist ont décrit de façon un peu surréaliste et pendant une bonne vingtaine de minutes les circonstances de la tragédie qui coûta la vie à quatre Américains dont l’ambassadeur Chris Stevens. Quitte à lasser une partie de l’assistance avec une multitude de détails sur l’opération qu’ils avaient menée en Libye – et dont ils ont fait un livre, «13 hours».

Donald Trump dit ce qu’il pense et laisse parler son cœur. Et puis il n’hésitera pas à tuer les terroristes.

La mère d’une des quatre victimes, Pat Smith, a livré un réquisitoire sans appel contre Hillary Clinton. Elle a perdu son fils Sean dans l’attaque de Benghazi. «Hillary Clinton est personnellement responsable de la mort de mon fils», a-t-elle déclaré au bord des larmes avant d’ajouter: «Elle m’a menti et m’a ensuite qualifiée de menteuse.» Pour Pat Smith, Donald Trump «est tout ce qu’Hillary Clinton n’est pas: il est direct et fort. Il dit ce qu’il pense et laisse parler son cœur. […] Et puis il n’hésitera pas à tuer les terroristes.»

Renforcer la puissance militaire du pays

Pour tenter de masquer les divisions internes, les républicains à Cleveland ont cherché à se rassembler en présentant la candidate démocrate à la présidentielle comme l’ennemi à abattre. Dans la Quicken Loans Arena bondée, ils ont diffusé un film sur Benghazi afin de miner le bilan de l’ex-secrétaire d’Etat qui avait poussé à l’époque à ce que l’administration Obama intervienne en Libye aux côtés de la France et du Royaume-Uni. Dans la même logique sécuritaire visant à renforcer l’idée que Donald Trump sera le président qui assurera la sécurité de l’Amérique tant à l’interne que vis-à-vis des menaces extérieures, plusieurs élus du Congrès ont prôné un renforcement de la puissance militaire américaine.

L’immigration, thème central

L’immigration a été un thème phare de la soirée. Pour en parler, les organisateurs ont invité Sabine Dunden, mère d’un enfant unique qui a été tué par un immigrant clandestin: «Donald Trump n’est pas seulement mon héros, c’est mon sauveur.» C’est lui qui entend construire un mur entre le Mexique et les Etats-Unis et en faire payer la facture aux Mexicains.

Et Rudy Giuliani à la rescousse

Le ton est monté de plusieurs crans avec l’intervention musclée de Rudy Giuliani, l’ex-maire de New York. La tonalité populiste de son discours lui a permis d’enflammer l’audience. «Je suis vraiment fatigué d’entendre la manière dont les médias et la campagne de Clinton décrivent Donald Trump. Je suis fatigué de voir une campagne aussi méchante.» Lui-même ne s’est pourtant pas privé de faire monter les enchères, tenant une allocution très musclée contre le risque islamiste. Un journaliste de Washington le confie au «Temps»: «Son allocution, c’était un peu du Mussolini.» Rudy Giuliani a fini par donner un conseil à Donald Trump: «Ce que j’ai fait pour New York [abaisser la criminalité], Donald Trump peut le faire pour les Etats-Unis.»


Melania Trump accusée de plagiat

Une polémique a éclaté peu après la tenue du discours de l’épouse de Donald Trump. Celle-ci est accusée d’avoir partiellement plagié un discours de Michelle Obama à la convention démocrate de 2008. Au moins deux passages copiaient presque mot pour mot le texte de l’épouse de Barack Obama.

«En écrivant son beau discours, l’équipe de Melania a pris des notes sur les sources d’inspiration de sa vie, et a dans certains cas inclus des fragments reflétant sa propre pensée», a réagi dans la nuit Jason Miller, membre de l’équipe de communication du candidat, dans un communiqué ambigu, sans admettre de plagiat. «L’expérience d’immigration de Melania et son amour pour l’Amérique ont nourri son discours, ce qui a assuré son succès.» (AFP)


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