Le cadeau du pape François à Donald Trump partait d’une bonne intention. Mais son encyclique de 200 pages sur la nécessité de lutter contre le réchauffement climatique pourrait bien être vouée à prendre la poussière dans un coin de la Maison-Blanche. Le président américain s’apprêterait, s’il veut respecter sa promesse de campagne, à annoncer le retrait des Etats-Unis de l’Accord de Paris. Le monde entier est suspendu à ses lèvres, mais Donald Trump lui-même, alors que plusieurs médias américains affirment que la décision est prise, semble décidé à faire durer le suspense.

«J'annoncerai ma décision sur l'accord de Paris jeudi à 15h (soit 21 heure en Suisse). Dans la roseraie de la Maison Blanche. RENDRE SA GRANDEUR A L'AMERIQUE!», a tweeté mercredi soir le président, reprenant son slogan de campagne.

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Climatosceptique assumé

Climatosceptique assumé, Donald Trump n’a jamais caché son peu d’intérêt pour l’accord conclu fin 2015 à Paris, par 195 pays, sous l’égide de l’ONU. Le but de l’accord: freiner le réchauffement climatique en réduisant les émissions de gaz à effet de serre. Barack Obama en était l’un des principaux architectes, avec Pékin. En cassant les efforts de son prédécesseur, Donald Trump créerait un séisme mondial. Les Etats-Unis rejoindraient le Nicaragua et la Syrie dans le camp des «Neinsager».

Donald Trump a beau brandir son slogan «L’Amérique d’abord», la décision serait loin d’être populaire à l’intérieur du pays. Etats fédérés et villes aux avant-postes de la transition énergétique ne le suivront pas forcément. Et de grandes multinationales, dont le groupe pétrolier ExxonMobil – qui était dirigé par son secrétaire d’Etat Rex Tillerson – ou encore Google, Intel et Microsoft, ont tenté de le convaincre de ne pas agir en ce sens. Ces derniers jours, la pression a augmenté.

Appliquer l’accord, quelle que soit la décision américaine

La volonté de Donald Trump de temporiser n’est pas très claire. Veut-il «faire durer le plaisir» ou pourrait-il au dernier moment changer de cap et décider de ne pas dénoncer l’accord mais d’y réexaminer les objectifs américains? Ses proches sont très divisés à ce sujet. Sa fille Ivanka fait partie de ceux qui le poussent à ne pas se retirer de l’accord. Mercredi, un haut responsable européen a fait savoir que l’UE et la Chine feront tout pour l’appliquer quelle que soit la décision américaine.

Pas d’objectif contraignant

Contrairement à celui de Kyoto conclu en 1997, l’Accord de Paris ne fixe pas d’objectif contraignant par pays. Les engagements nationaux reposent sur une base volontaire, mais la communauté internationale poursuit l’objectif de limiter la hausse de la température à moins de 2°C. Pour les Etats-Unis, à la deuxième place des pays les plus pollueurs, Barack Obama avait fixé une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 26 à 28% d’ici 2025 par rapport à 2005.

Donald Trump a toujours voulu «mettre fin à la guerre contre le charbon». A peine élu, les mots «réchauffement climatique» ont disparu du site de la Maison-Blanche. Il a ensuite nommé un féroce adversaire du climat, Scott Pruitt, à la tête de l’Agence de protection de l’environnement (EPA). Troisième acte: l’EPA pourrait être amputée de 31% de ses fonds (2,6 milliards de dollars), selon son projet de budget 2018. Le président a également relancé deux chantiers d’oléoducs contestés, bloqués par Barack Obama. Enfin, il n’a pas hésité à déclarer que le réchauffement climatique est un «concept inventé par les Chinois, pour empêcher l’industrie américaine d’être compétitive».

Volonté de privilégier les énergies fossiles

Le premier grand coup de pioche à l’Accord de Paris, il l’a donné fin mars, en signant son «Décret sur l’indépendance énergique». Il prévoit de réexaminer le «Clean Power Plan» de Barack Obama, qui impose aux centrales thermiques des réductions des émissions de CO2 de 32% d’ici à 2030, plan actuellement bloqué par la justice. Le président a confirmé sa volonté de privilégier les énergies fossiles pour favoriser la création d’emplois. Dans le domaine de l’exploitation du charbon dont il est un ardent défenseur, les emplois sont passés de 88 000 en 2008 à 65 000 en 2015.

Les tensions apparues au récent sommet du G7 n’ont fait que raviver les craintes d’un retrait américain. Donald Trump a fait bande à part lorsqu’il s’agissait de réaffirmer un engagement envers l’accord. De quoi donner des sueurs froides aux défenseurs de l’environnement. Ils peuvent toutefois se rassurer sur un point: théoriquement, un pays qui a ratifié l’accord peut le dénoncer, mais la sortie effective n’entrerait en vigueur que trois ans plus tard, en 2020, sauf s’il quitte la Convention de l’ONU sur le climat. La question qui se pose actuellement est donc de savoir si Donald Trump, empêtré dans l'«affaire russe», tiendra en place jusque-là.

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