Humanitaire

Cloîtrés dans un hôtel genevois, 70 rebelles dialoguent sur la protection des civils

Invités par l’ONG l’Appel de Genève, les délégués de 35 groupes armés étaient réunis la semaine dernière pour partager leur expérience et leurs difficultés pour respecter le droit humanitaire. La Suisse, qui ne considère aucun de ces groupes comme terroriste, est le seul endroit où une telle réunion peut avoir lieu

Réunir 70 rebelles dans un hôtel? «Ce n’est possible qu’en Suisse»

Humanitaire Les rebelles s’engagent à mieux protéger les civils

La Suisse ne les considère pas comme des terroristes

Rebelles kurdes, syriens, birmans, somaliens ou soudanais: 35 groupes armés étaient cloîtrés durant trois jours la semaine dernière à l’hôtel Ramada, à côté du stade de la Praille, à Genève. Une rencontre très discrète puisque sa tenue n’a été rendue publique que mercredi. Le temps nécessaire pour que les quelque 70 délégués invités par l’Appel de Genève, ONG qui négocie avec les guérillas du monde entier pour qu’elles respectent le droit humanitaire, aient quitté la Suisse.

En effet, certains de ces groupes figurent sur les listes des organisations terroristes américaines ou européennes. C’est le cas des rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) ou de leurs frères syriens des Unités de protection du peuple (YPG), qui se battent contre l’Etat islamique à Kobané mais qui sont considérés comme des terroristes par la Turquie.

La plupart des groupes armés présents à Genève avaient déjà signé l’un des trois «actes d’engagement» proposés par l’ONG. Des traités adaptés aux acteurs non étatiques et qui portent sur l’interdiction des mines antipersonnel, des enfants soldats et des violences sexuelles. «Les participants ont partagé leur expérience et leurs difficultés. Malgré les combats qui font rage avec les djihadistes, le YPG a récemment démobilisé 150 enfants soldats. Mais, sans projet de réinsertion, ils seront tentés de reprendre les armes», raconte Elisabeth Decrey Warner, présidente de l’Appel de Genève. «Comment reconnaître l’âge d’un jeune qui veut s’engager pour la cause? La question est revenue plusieurs fois dans les discussions. Il faut savoir que, selon les études, les enfants soldats arrachés à leur famille représentent moins de 10% des cas. La plupart du temps, les adolescents s’engagent volontairement, parce que cela leur semble la meilleure alternative.»

«Une telle réunion n’aurait pas été possible dans un autre pays que la Suisse», explique Elisabeth Decrey Warner. Car Berne ne dispose pas d’une liste d’organisations terroristes. La Suisse n’est obligée de s’aligner que sur celle de l’ONU, qui ne comprend que les organisations affiliées à Al-Qaida et à l’Etat islamique. «C’est une richesse diplomatique qu’il faut préserver, même si la tendance internationale est au durcissement contre le terrorisme, plaide Elisabeth Decrey Warner. Les représentants des groupes rebelles savent que, en venant ici, ils ne risquent pas de tomber dans un piège.»

«Lorsque vous invitez des groupes rebelles, le risque zéro n’existe pas. Nous avions invité plusieurs représentants rebelles luttant contre un régime, qui, par le passé, avait fait exécuter des opposants à l’étranger», avance Elisabeth Decrey Warner, pour justifier la discrétion de la réunion. «Nous ne voulons pas que les participants apparaissent trop dans les médias. Ce genre de rencontre ne doit pas servir de plateforme pour les causes défendues par les groupes rebelles.» Ce qui ne manquerait pas d’embarrasser la diplomatie helvétique, qui a facilité la réunion. Berne a aussi accordé les visas. Rassembler autant de groupes rebelles est un casse-tête logistique et administratif.

Directeur de l’académie militaire du SPLM-N, les rebelles soudanais en guerre contre le pouvoir de Khartoum, Orwa Zaid était à Genève la semaine dernière. Depuis les monts Nouba, où il est basé, il lui a fallu trois jours de marche avec son escorte pour rejoindre la frontière avec le Soudan du Sud puis gagner la capitale, Juba, et s’envoler pour l’Europe. «J’ai un permis néerlandais, sans quoi ce serait quasiment impossible de voyager», témoigne-t-il au téléphone, depuis Amsterdam.

«Nous allons détruire nos stocks de mines antipersonnel que nous avions volés à l’ennemi. Nous n’avons jamais utilisé ces armes, car elles auraient touché notre population», jure-t-il. Cet ancien pilote de l’armée de l’air soudanaise avait fui aux Pays-Bas en 1998, après avoir été accusé d’avoir fomenté un coup d’Etat. Quatre ans plus tard, il rejoignait le SPLM-N dans les monts Nouba, une région historiquement hostile au pouvoir de Khartoum et encerclée par l’armée soudanaise. «Je suis aussi venu à Genève pour obtenir une aide humanitaire dont la population des Nouba a désespérément besoin», dit-il.

«Ce genre de rencontre ne doit pas servir de plateforme pour les causes défendues par les groupes rebelles»

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