Avec 123 civils tués, d’après des militants, la journée de mardi a été l’une des plus meurtrières depuis le début mi-mars de la révolte contre le régime du président Bachar al-Assad, dont la répression a fait, selon une estimation de l’ONU, plus de 5.000 morts en neuf mois.

Mercredi, des dizaines de chars ont pris d’assaut Daël dans la province de Deraa (sud) pour briser la grève en cours depuis plus d’une semaine, a indiqué l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), faisant état de «tirs nourris et d’un grand nombre de blessés». En outre, l’OSDH a affirmé qu’une fillette de 12 ans a péri dans la province d’Idleb (nord-ouest) sous les tirs des forces de sécurité.

Par ailleurs, cinq ingénieurs iraniens travaillant à un projet de centrale électrique ont été enlevés mardi à Homs (centre), a annoncé l’ambassade de la république islamique à Damas, appelant les autorités syriennes à prendre des «mesures sérieuses» pour les libérer et identifier leurs ravisseurs.

Dans un communiqué, le CNS a appelé les Syriens à l’étranger, «leurs frères arabes et tous les défenseurs de la liberté à organiser des manifestations massives» devant les représentations diplomatiques syriennes dans le monde.

Il a appelé aussi à une réunion d’urgence de la Ligue arabe et du Conseil de sécurité «après les massacres horribles» perpétrés par le régime contre des «civils non armés en particulier dans les montagnes de Zaouia, à Idleb et à Homs». Il demande au Conseil de sécurité de déclarer les villes attaquées «zones de sécurité» afin qu’elles bénéficient d’une protection internationale, et d’obliger les forces du régime à se retirer de ces zones.

Le CNS parle encore d’un «génocide à grande échelle» dans les montagnes de Zaouia, à Idleb et à Homs et exhorte les agences humanitaires à intervenir en urgence.

Damas a aussitôt accusé l’opposition de vouloir saboter la mission d’observation de la Ligue arabe qui doit débuter jeudi. «Depuis que la Syrie a signé le protocole, elle est pleinement engagée à faciliter la mission de la Ligue arabe à venir voir la réalité de la crise», a dit à l’AFP Jihad Makdissi, porte-parole du ministère des Affaires étrangères. «Malheureusement, l’opposition syrienne tente sans cesse de saboter le protocole et cherche à pousser à une intervention étrangère au lieu d’accepter l’appel à un dialogue», a-t-il ajouté.

Les Etats-Unis ont mis en garde le régime syrien contre de «nouvelles mesures» internationales, assurant que les «actes révoltants et déplorables» commis contre les populations civiles démontrent que Bachar al-Assad «ne mérite pas de gouverner la Syrie».

«Deux jours seulement après la décision du régime Assad de signer l’initiative de la Ligue arabe, il a déjà violé de façon flagrante son engagement à mettre fin aux violences et à retirer les forces de sécurité des zones résidentielles», a observé le porte-parole de la Maison Blanche, Jay Carney.

La France a dénoncé une «tuerie d’ampleur sans précédent» mardi et appelé la Russie à «accélérer» les négociations au Conseil de sécurité sur son projet de résolution.

Ce projet prévoit de condamner les violences «commises par toutes les parties», mais Paris l’a jugé inacceptable en l’état car il ne fait pas de différence entre les forces répressives du régime et les manifestants.

Le chef de la diplomatie turque Ahmet Davutoglu a estimé mercredi que les nouvelles violences meurtrières survenues en dépit de la signature du protocole arabe étaient «inacceptables», a rapporté l’agence Anatolie.

Dans le même temps, un journaliste travaillant à Damas pour As Safir, un quotidien prosyrien libanais, a été arrêté mardi à Damas alors qu’il couvrait une manifestation hostile au régime, selon un responsable du journal.

Sur le plan diplomatique, le N.2 de la Ligue arabe, Ahmed Ben Helli, a annoncé mardi qu’une équipe dirigée par Samir Seif al-Yazal, assistant du secrétaire général, se rendrait à Damas jeudi.

Alors que le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Mouallem, avait expliqué lundi que les observateurs pourraient «accéder aux points chauds mais pas aux points militaires sensibles», Human Rights Watch a appelé Damas à leur garantir «un accès total».

A Ryad, le Conseil de coopération de Golfe (CCG) qui regroupe les six monarchies de la péninsule arabique, a demandé à Damas de stopper immédiatement «la machine à tuer» et de libérer les détenus, «comme premier pas pour entamer l’application du protocole» sur l’envoi d’observateurs.

Ces observateurs doivent suivre l’application d’un plan de sortie de crise qui prévoit l’arrêt de la répression, la libération de personnes emprisonnées lors de manifestations et le retrait de l’armée des villes.