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Longtemps vu comme un prédicateur à la rhétorique violente centrée sur la haine des Blancs, Malcolm X a pourtant connu une transformation qui a séduit jusqu’au président Barack Obama.
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biographie

De cocaïnomane à héraut de la cause noire

La perception de Malcolm X, longtemps vilipendé pour sa rhétorique incendiaire contre les Blancs, a beaucoup évolué. Aujourd’hui, on le dépeint comme l’une des personnalités afro-américaines les plus influentes aux côtés de Martin Luther King et de Rosa Parks

Quel est l'intérêt de parler de Malcolm X aujourd'hui? Une étude plus serrée du personnage montre que derrière celui que le magazine Time décrivait en 1965 comme un «maquereau, cocaïnomane et voleur» se cache un homme épris de paix, «un homme profondément non violent qui n’aurait pas fait de mal à une mouche», explique Moshik Temkin, professeur à la Harvard Kennedy School de Harvard. Illustrant l’évolution de la perception et des mentalités, le même magazine Time décrira, en 2015, à l’occasion du 50e anniversaire de la mort du prédicateur, Malcolm X comme l’une des figures les plus influentes, aux côtés de Martin Luther King et de Rosa Parks, dans la lutte pour l’égalité des Noirs. Il a désormais une place de choix au Musée national de l’histoire et de la culture afro-américaines, inauguré en automne 2016 sur le National Mall à Washington.

Une figure inspirante pour l'époque de Trump

Cette figure peu lisse de la communauté noire avait jugé nécessaire de sortir du carcan des droits civiques aux Etats-Unis pour «internationaliser » la question des Afro-Américains. Ce message résonne à un moment où les tensions raciales sont, avec l’administration de Donald Trump, à nouveau exacerbées et un facteur majeur de division de l’Amérique.

Enfin, à l’heure de Daech, Malcolm X véhicule une image pacifique de l’islam même si, comme l’explique le professeur d’histoire de l’Institut de hautes études internationales et du développement Mohammad-Mahmoud Ould Mohamedou, Al-Qaida s’était un instant approprié l’image de Malcolm X dans une vidéo diffusée en mai 2007, dans laquelle le numéro deux du mouvement à l’époque, Ayman al-Zawahiri, le présentait comme le modèle à suivre.

Lire aussi: La dernière lettre de Malcolm X envoyée à Genève

La (re)découverte de Malcolm X se traduit de plusieurs manières. «Quelque chose se passe autour du Black Power, souligne Pap Ndiaye, professeur d’histoire des Etats-Unis à Sciences-po Paris. Il suffit de voir le destin du film qui vient de sortir, Black Panther, l’un des plus grands succès du cinéma outre-Atlantique, en particulier auprès des Afro-Américains. Le mouvement des Black Panthers, qui s’était fortement inspiré de Malcolm X et qui avait créé de multiples sections à travers les Etats-Unis, s’est initialement fixé comme objectif la lutte contre les violences policières dont étaient victimes les Noirs, un thème dont le prédicateur avait lui-même fait une priorité. Il n’est d’ailleurs pas étonnant que le mouvement Black Lives Matter (BLM) créé en 2013, se reconnaisse dans son combat.» Mais pour BLM, les temps sont durs.

Malcom X était un homme profondément non violent qui n’aurait pas fait de mal à une mouche

Moshik Temkin, professeur à Harvard

Avec Barack Obama, qui a pourtant sous-estimé l’émergence du mouvement, BLM pouvait dialoguer. «Avec Trump, hostile au mouvement, il n’y a aucun interlocuteur possible, relève Pap Ndiaye. C’est pourquoi il se passe aujourd’hui aux Etats-Unis ce qui s’était passé sous Nixon. Quand c’est politiquement bouché, la résistance se déploie sur le terrain culturel.» Les musiciens de rap, de jazz et de hip-hop trouvent d’ailleurs aujourd’hui encore des sources d’inspiration chez cette figure de Harlem. «Malcolm X s’est inspiré du jazz dans sa rhétorique, poursuit Pap Ndiaye. Il avait une scansion qui a séduit les musiciens. Martin Luther King était lui aussi un grand orateur. Mais son discours était plus littéraire, plus classique et moins musical.»

Un penseur pour saisir son époque

Longtemps vu comme un prédicateur à la rhétorique violente centrée sur la haine des Blancs, Malcolm X a pourtant connu une transformation qui a séduit jusqu’au président Barack Obama. En 1964, ses voyages en Afrique, au Moyen-Orient, en Europe et à Genève auront un impact considérable. «C’est un penseur qui aide à comprendre la géopolitique de l’époque», estime Moshik Temkin. Lors de sa tournée en Afrique où il se rend dans quatorze pays, il reçoit, en tant que simple citoyen, les honneurs de chefs d’Etat dont les présidents égyptien et kényan, Gamal Abdel Nasser et Jomo Kenyatta. En pleine Guerre froide, Washington voit d’un mauvais œil ce périple d’un concitoyen dont les critiques à propos des Etats-Unis ternissent leur image de superpuissance.

Lire aussi: Martin Luther King-Malcolm X: une dualité historique

Les Etats africains sont tiraillés au moment de sa visite, saluant le message anti-impérialiste et panafricain de l’hôte mais craignant de s’attirer les foudres de l’Amérique. Dans l’ère post-coloniale, la Côte d’Ivoire de Félix Houphouët-Boigny, trop proche des Etats-Unis, ne souhaitera pas le recevoir, comme le Sénégal du président Léopold Sédar Senghor. A Paris, il tiendra un discours très remarqué à la Salle de la Mutualité en novembre 1964. Mais quand il essaie d’y revenir en février 1965, rappelle Moshik Temkin, à peine a-t-il débarqué à l’aéroport d’Orly qu’il est accueilli par des gendarmes qui lui font savoir que sa présence n’est pas souhaitée. Ils lui expliquent que ce sont les Américains qui auraient sommé les Français d’agir de la sorte. Le refoulement arrangeait toutefois le président de Gaulle qui ne souhaitait pas générer des problèmes supplémentaires avec la Françafrique. Serein, Malcolm X répondra avec causticité pour titiller le peu atlantiste de Gaulle: «J’ignorais que la France était gouvernée par les Etats-Unis.»

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