Les pères synodaux sont entrés cette semaine dans la dernière ligne droite avant la fin du synode sur la famille dimanche prochain. Ils se réunissent une dernière fois en groupes de travail linguistiques, lundi et mardi, pour examiner la troisième et dernière partie de l’Instrumentum laboris, le document de travail de l’assemblée, en vue de la rédaction du rapport final soumis au vote des participants samedi prochain.

Certains d’entre eux se sont dits lundi revigorés par les paroles du pape prononcées deux jours plus tôt. A l’occasion du 50e anniversaire de la création de l’institution synodale par Paul VI, samedi, François a proposé davantage de décentralisation au sein de l’Eglise. Son intervention aux aires de discours programmatique a même été qualifiée d’«historique» par des pères synodaux. Il a redéfini sa fonction de pontife, «appelé à se prononcer comme pasteur et docteur de tous les chrétiens, non à partir de ses propres convictions», rassurant au passage ceux qui l’accusent d’avoir piloté en amont ce synode.

Après deux semaines et des dizaines d’heures de travail, les débats sur la famille ont marqué une pause de deux jours. Les membres de l’assemblée synodale ont ainsi pu participer à un autre rendez-vous symbolique: la canonisation dimanche de Louis et Zélie Martin, premier couple saint de l’Histoire de l’Eglise catholique, parents de sainte Thérèse.

Une Eglise plus synodale commence désormais à se dessiner, sous forme, comme le veut le pontife argentin, de «pyramide renversée où le sommet se trouve sous la base», où tout part des églises locales, car «il n’est pas opportun que le pape substitue les épiscopats locaux dans le discernement de toutes les problématiques présentes sur leur territoire», a-t-il encore affirmé.

L’approche régionale trouve déjà un large écho parmi les pères synodaux réunis au Vatican. Les paroles du souverain pontife les ont encouragés, alors qu’ils étaient confrontés jusqu’à présent à la difficulté d’allier la vision universelle de la famille chrétienne avec les nombreuses réalités à travers le monde.

La question délicate de l’accueil des divorcés-remariés

Un groupe linguistique a par exemple suggéré «que les conférences épiscopales puissent disposer d’un certain pouvoir pour permettre à leurs pasteurs d’être de bons samaritains dans leur service ecclésial». D’autres vont déjà plus loin que l’approche régionale. Ils proposent par exemple une «pastorale personnalisée» sur la question délicate de l’accueil des divorcés-remariés, «sous la conduite des évêques diocésains», qui changerait donc d’un diocèse à l’autre. Les contenus des travaux et des débats sont rendus publics par le Vatican, mais les propos rapportés ne sont pas attribués précisément à une personne.

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Pour encadrer ces approches pastorales, d’autres propositions ont été avancées. La création par exemple d’une commission post-synodale, composée de théologiens, canonistes et autres historiens de l’Eglise. Il s’agirait de discerner ce qui relève de la doctrine, de la discipline ou de la pastorale, afin de comprendre quelles solutions évoquées sont praticables. Les défenseurs de la doctrine réclament quant à eux un document magistériel pour rappeler les contours de cette doctrine. Mais l’enjeu du synode n’étant pas doctrinal, plutôt sur la façon de la vivre dans la pastorale, certains réclament simplement un changement de langage de l’Eglise, de «son attitude vis-à-vis des fidèles».

Ces travaux sont toutefois consultatifs. Toute décision reviendra au pape François, qui n’a pas encore décidé de rendre public ou non le rapport final. Mais des participants dénoncent la nouvelle méthodologie qu’il a choisie. Une lettre envoyée au pape au début de l’assemblée, publié par la presse italienne une semaine plus tard, critique de «nouvelles procédures» menaçant une «collégialité authentique», configurées «pour faciliter des résultats prédéterminés». La neutralité de la commission chargée par le Saint-Père de rédiger le rapport final est remise en question, ses membres ayant été désignés directement par François, et non élus.

En réponse, le souverain pontife a demandé aux pères synodaux de ne pas céder à «l’herméneutique de la conspiration». Entre le tout ou rien, Mgr Jean-Marie Lovey, évêque de Sion participant au synode, résume la position sans doute la plus répandue. Il appelle à «se préparer à accepter quelque chose auquel nous ne nous attendons peut-être pas».