Pour Silvio Berlusconi, il était le seul incontournable. L'unique personnalité de la droite italienne, avec le secrétaire d'Etat Gianni Letta, assurée de retrouver une place au gouvernement. En campagne électorale, le leader du parti du Peuple de la Liberté avait même répété: «Giulio Tremonti sera notre ministre de l'Economie et des finances.» A 61 ans, cet universitaire, spécialiste de droit fiscal est l'homme fort du quatrième cabinet Berlusconi qui a prêté serment jeudi.

Confiance du chef

Il est celui qui a toute la confiance du chef et le soutien de la Ligue du Nord d'Umberto Bossi. Alliance nationale, l'autre grand allié de Silvio Berlusconi qui avait eu la tête de Giulio Tremonti en 2004 n'est a priori plus en mesure de s'opposer à sa politique économique. Reste cependant à savoir quelle sera-t-elle. Car Giulio Tremonti a bien changé. Entré pour la première fois au parlement, il y a quatorze ans, aux côtés de Silvio Berlusconi après avoir auparavant fréquenté le Parti socialiste, il a été en 1994, puis pendant trois ans à partir de 2001, en charge de l'Economie et des finances et l'artisan de la lutte contre la pression fiscale. Giulio Tremonti avait alors promu l'abolition de l'impôt sur les successions et de très controversées amnisties fiscales. C'était l'époque où Silvio Berlusconi déclarait publiquement que «lorsque l'Etat pompe trop d'argent aux citoyens, il est légitime de frauder le fisc». A la veille des élections, le Cavaliere a relancé cette équation. Mais cette fois, Giulio Tremonti lui a sagement conseillé d'abandonner le refrain. Car la situation économique n'est plus la même qu'au printemps 2001. Et Giulio Tremonti comme Silvio Berlusconi ne promettent plus de «miracle économique». Au contraire, ils répètent que la crise risque d'être forte et qu'il n'existe pas de «baguette magique». Le nouveau ministre n'exclut plus des «sacrifices» et prône la lutte contre l'évasion fiscale.

Par le passé déjà, Giulio Tremonti avait modéré le libéralisme affiché de Silvio Berlusconi par le souhait d'une certaine intervention de l'Etat dans l'économie. Au point d'être qualifié de «Colbertiste». Aujourd'hui, il n'hésite plus à déclarer: «Le marché si possible, l'Etat si nécessaire.» Avant les élections, Giulio Tremonti, volontiers polémiste et provocateur avec sa petite voix aiguë, a publié un livre intitulé La Peur et l'espérancedans lequel il va jusqu'à stigmatiser «le tout-marché version dégénérée du libéralisme». Il se prononce pour l'instauration de barrières douanières en Europe et fustige l'Organisation mondiale du commerce, «un comité d'affaires des multinationales». Le livre a été salué par la gauche radicale, durement critiqué par le directeur de l'hebdomadaire britannique The Economist.

Avant de prendre ses fonctions, Giulio Tremonti a indiqué qu'il n'entendait pas se lancer dans un affrontement avec les syndicats: au vu de la situation économique, «il n'y a pas besoin d'enflammer les conflits». D'autant qu'il faudra rapidement que le nouveau ministre trouve des fonds pour financer l'abolition de la taxe foncière sur la résidence principale promise en campagne électorale et que de lourds dossiers l'attendent comme celui d'Alitalia, la compagnie aérienne quasiment en faillite.