La promesse de nouvelles aides financières d’ici à mi-novembre ne suffit pas à calmer la colère des travailleurs italiens malmenés par les dernières restrictions pour lutter contre l’épidémie de Covid-19. Des milliers de personnes manifestent tous les soirs depuis la fin de la semaine dernière contre les décisions prises par le gouvernement. Mardi encore, la place du Peuple à Rome s’est transformée en terrain de guérilla urbaine. Les forces de l’ordre ont dispersé les manifestants à coups de canon à eau. Seize personnes ont été dénoncées.

Les scènes dans la capitale rappellent celles de Naples vendredi passé. Puis celles de Turin ou encore de Milan les jours suivants. «Que ceux qui protestent excluent les violents», a exhorté mercredi dans la presse la ministre de l’Intérieur, Luciana Lamorgese, habituellement très discrète. Ces «violents» sont en effet des membres de mouvements d’extrême droite ou d’extrême gauche, des ultras, ces supporters radicaux de football, ou sont encore encouragés par le crime organisé.

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Mises en scène macabres

Mais derrière ces violences se cachent un réel mécontentement et un malaise social que les autorités italiennes redoutaient déjà lors de la première vague de Covid-19. Les Napolitains sont les premiers à être descendus dans la rue pour protester contre le couvre-feu la nuit imposé par le gouverneur de la Campanie. Les mesures nationales annoncées ensuite dimanche ont attisé encore plus le mécontentement. Le premier ministre, Giuseppe Conte, a imposé dès lundi et pour un mois une fermeture à 18 heures des bars et restaurants. Les théâtres, les cinémas et les salles de sport notamment ne pourront plus rouvrir du tout jusqu’à la mi-novembre au moins.

Un cercueil cache la devanture d’un restaurant, à quelques centaines de mètres de la place du Plebiscito, dans le cœur de Naples. Deux mannequins représentant des serveurs et des chefs sont pendus. La mise en scène macabre témoigne de l’ampleur de l’exaspération ressentie non seulement dans la ville au pied du Vésuve, mais dans toute la Péninsule. «D’abord les aides financières, ensuite seulement la quarantaine», revendiquent les manifestants napolitains, craignant un nouveau lockdown, comme l’appellent les Italiens. Les manifestants se font entendre à coups de cuillères, fourchettes et shakers de cocktails pour protester contre la fermeture, synonyme pour eux de condamnation, des lieux de restauration.

Mesures «sévères mais nécessaires»

«Quarantaine» est un mot que le président du Conseil pour l’heure ne veut pas entendre. Alors que l’Italie enregistre en cette fin de mois d’octobre en moyenne 20 000 nouvelles contaminations quotidiennes, Giuseppe Conte défend sa politique. Les mesures sont «sévères mais nécessaires, a lancé mercredi le premier ministre devant le Sénat. Ou l’épidémie deviendra incontrôlable». La botte enregistre un total de quelque 565 000 cas. Et près de 38 000 Italiens ont été emportés par le virus. Mercredi, Naples et Milan, capitale de la région, toujours la plus touchée, craignaient malgré tout d’être placées en quarantaine. Un consultant du Ministère de la santé a évoqué cette possibilité. Comme les manifestants, les maires ont eux aussi tout de suite protesté.

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